La filière automobile au Japon - Bretagne Commerce ...

Les idéologues du capitalisme décadent - La banqueroute des économistes bourgeois de gauche - Par Joseph Seymour et Bruce André (2 - 2) Janvier 2018

https://archive.li/gYdzR
La structure de l’étude historique de la croissance de l’économie américaine qu’a faite Gordon se base sur le concept de trois révolutions industrielles successives. La première (la RI n° 1) découlait d’inventions survenues entre 1770 et 1820, principalement la machine à vapeur et ses retombées – le chemin de fer, le bateau à vapeur et le passage du bois au fer et à l’acier. La deuxième (la RI n° 2) découlait de techniques développées à la fin du XIXe siècle, notamment l’électricité et le moteur à combustion interne. La troisième (la RI n° 3), qui a commencé dans les années 1960, était centrée sur les nouvelles technologies de l’information et de la communication (TIC), comme les ordinateurs et les smartphones.
Pour Gordon, la cause fondamentale du ralentissement de la croissance de l’économie américaine ces dernières décennies a été l’atténuation des effets de la deuxième révolution industrielle et la puissance insuffisante de la troisième :
« La diminution de près de moitié de l’augmentation de la productivité reflète l’essoufflement de la stimulation de la production engendrée par les grandes inventions de la RI n° 2. Celle qui lui a succédé, la RI n° 3 orientée vers les TIC, a été suffisamment puissante pour provoquer un redressement tendanciel de la croissance de la productivité, qui a atteint en moyenne 2,05 % pendant la décennie 1995-2004. Mais la capacité des innovations liées aux TIC à stimuler la croissance de la productivité s’est essoufflée après 2004. »
Gordon ne considère jamais la possibilité que certaines innovations techniquement progressistes pourraient ne pas être transformées en marchandises commercialisées massivement parce qu’il n’est pas rentable de le faire. Nous reviendrons plus loin sur son insistance que l’informatisation et les nouvelles technologies numériques en général ne pourront pas à l’avenir augmenter la productivité du travail de façon significative. En fait, il soutient que ces technologies ont pour l’essentiel épuisé leur potentiel.
Examinons pour le moment le postulat implicite de Gordon que toutes les nouvelles marchandises commercialisées massivement étaient plus efficaces que celles qu’elles ont remplacées, et qu’elles ont augmenté le niveau de vie de la population. En particulier, intéressons-nous au remplacement partiel du tramway, du métro et du train surélevé électrifiés par l’automobile, un processus qui a démarré entre 1910 et 1930. Gordon analyse de façon détaillée cette transition d’un moyen de transport des personnes à un autre. Mais il n’essaie pas de comparer leur efficacité technico-économique. Les métros et les trains surélevés électrifiés dépensaient-ils plus ou moins de ressources économiques par passager-kilomètre que des Ford T ? Et si la réponse est moins, où est donc l’avantage de l’automobile ?
Gordon reconnaît que le développement de l’automobile n’a pas simplement été le résultat du fonctionnement du capitalisme de « libre marché ». La politique gouvernementale a été un facteur causal très important :
« Le gouvernement avait pour politique d’encourager l’étalement urbain, sapant la viabilité financière des transports urbains et des trains de voyageurs. Avant même la Deuxième Guerre mondiale, les politiques publiques étaient biaisées en faveur de l’automobile, avec la construction de rues et d’autoroutes sur fonds publics tandis que les transports urbains et les transports ferroviaires interurbains devaient fonctionner comme des sociétés privées autosuffisantes. Au début, on construisit beaucoup de routes en émettant des obligations dont les intérêts étaient remboursés par les impôts fonciers locaux, de sorte que le propriétaire d’une voiture et l’usager des transports publics payaient la même chose pour construire un système routier qui rendait la voiture toujours plus attractive par rapport aux transports collectifs. »
Toutefois, Gordon ne se prononce pas sur la question de savoir si la politique gouvernementale favorisant les déplacements en voiture aux dépens des transports publics de masse était rationnelle économiquement et bénéfique socialement. Et il n’explique pas non plus pourquoi les autorités nationales et locales ont mené cette politique en faveur de la voiture. La réponse, bien sûr, tient principalement à la course au profit des capitalistes : les politiciens bourgeois impliqués étaient liés aux propriétaires des grandes entreprises automobiles, comme Henry Ford et Alfred P. Sloan (le PDG de General Motors), ainsi qu’aux industries du caoutchouc et du pétrole qui fabriquaient les pneumatiques et l’essence.
Lutte de classe et réduction du temps de travail
Gordon déclare que son livre « n’étudie pas seulement le niveau de vie du point de vue du consommateur ; il examine aussi la qualité des conditions de travail, tant à la maison qu’à l’extérieur ». Gordon s’en tient à son thème principal : la population américaine a connu pendant la première moitié du XXe siècle une amélioration qualitative de ses conditions de vie quotidiennes. Il cite la réduction de la semaine de travail, qui est passée de 60 heures au début du XXe siècle à 41 heures en 1950. Mais sa vision du monde de bourgeois de gauche l’aveugle : il passe à côté à la fois de la cause fondamentale de ce changement majeur dans la vie des travailleurs et des limitations inhérentes de son impact sur leur qualité de vie.
Selon Gordon, la réduction moyenne de la semaine de travail résultait d’un intérêt partagé entre les propriétaires des entreprises et leurs ouvriers – que la main-d’œuvre soit bien reposée et en bonne santé. Il écrit :
« Les interprétations de la tendance à la réduction du temps de travail se focalisent sur l’opinion largement partagée, à la fois du côté des dirigeants des entreprises et de celui des syndicats, que cette réduction améliorerait les performances des travailleurs et ferait augmenter la production. Une augmentation de la productivité et des salaires rendait possible une réduction progressive du temps de travail, car les semaines de 60 ou 72 heures avaient créé une classe ouvrière masculine complètement épuisée. »
A l’appui de cette analyse, Gordon invoque la législation adoptée pendant l’« Ere progressiste » [1897-1920] et le New Deal des années 1930.
En fait, la semaine de 40 heures a été arrachée par des décennies de batailles de classe féroces et souvent sanglantes menées par le mouvement ouvrier. L’agitation pour la journée de huit heures et pour les syndicats menée par la classe ouvrière industrielle naissante conduisit à la grande grève des chemins de fer de 1877, qui fut brutalement réprimée par l’armée. Lors du massacre de Haymarket, en 1886, la police de Chicago attaqua les ouvriers qui manifestaient pour la journée de huit heures et arrêta huit militants syndicaux anarchistes qui furent ensuite emprisonnés ou exécutés après un procès truqué. Lors de la grève dite des Petites Aciéries en 1937, dont l’une des revendications était la semaine de 40 heures, la police assassina dix ouvriers devant les grilles de l’usine Republic Steel, dans le Sud de Chicago – une tuerie qui est passée dans l’histoire sous le nom du « massacre de Memorial Day » [journée en l’honneur des soldats américains morts au combat].
Aujourd’hui ont passé plusieurs décennies de guerre de classe unilatérale, menée par la bourgeoisie, et de reculades d’une bureaucratie syndicale bornée. La semaine de 40 heures a été progressivement grignotée. Le temps de travail hebdomadaire moyen pour les salariés américains à plein temps est aujourd’hui d’environ 47 heures, près d’une journée de travail supplémentaire de huit heures par semaine. Environ un salarié à plein temps sur cinq travaille 60 heures ou plus par semaine, alors que des millions de travailleurs sont au chômage ou obligés de travailler à temps partiel.
Les travailleurs doivent lutter pour une diminution de la semaine de travail sans perte de salaire, en liant le combat pour des conditions de travail décentes à la lutte pour un emploi pour tous. Une semaine de travail de 30 heures, payées 40, et le partage du travail disponible entre toutes les mains, serait un grand pas pour résoudre à la fois le chômage et les graves problèmes de sécurité dus à la fatigue et au manque de personnel.
Les capitalistes objecteront bien sûr que de telles revendications ne sont pas réalistes – du moins, s’ils doivent préserver leur indécente richesse. De fait, les besoins vitaux de la classe ouvrière se heurtent à l’incapacité du système capitaliste à les satisfaire. La lutte des travailleurs est nécessaire pour obtenir une part un peu plus grande de la richesse sociale contre une classe dirigeante capitaliste déterminée à maximiser ses profits. Mais cela n’apportera pas la solution. L’objectif doit être une société d’un genre complètement différent, une Amérique ouvrière où les richesses productives auront été arrachées des mains de l’infime minorité que représente l’élite capitaliste et mises à la disposition de l’immense majorité de la population. Pour construire une telle société, il faudra que la classe ouvrière, sous la direction d’un parti révolutionnaire, renverse le pouvoir de la classe capitaliste par une révolution socialiste et instaure un gouvernement ouvrier.
Travail et qualité de vie
Comme les batailles de classe qui ont arraché la semaine de 40 heures, l’érosion continue de cet acquis syndical historique depuis la fin des années 1970 est pour Gordon un livre fermé de sept sceaux. Pourtant, même si l’on accepte sa focalisation sur la première moitié du XXe siècle, quand la semaine de travail est passée de 60 à 40 heures, cet acquis représentait en fait quelque chose de moins qu’un changement qualitatif dans la vie des travailleurs américains. Même si Gordon déplore la montée des inégalités de revenus aux Etats-Unis ces dernières décennies, il ne traite pas et ne reconnaît même pas une inégalité plus fondamentale dans toutes les sociétés capitalistes à toutes les époques : celle entre, d’une part, l’immense majorité de ceux qui doivent accomplir ce que Marx appelait du « travail aliéné » pour obtenir les moyens de subsistance nécessaires à eux-mêmes et à leur famille, et, d’autre part, les quelques privilégiés qui peuvent se consacrer à un travail créatif et gratifiant.
Dans la préface de The Rise and Fall of American Growth, Gordon raconte que son intérêt pour les variations des taux de croissance économique et de la productivité du travail tout au long de l’histoire américaine remonte aux années où il était étudiant en économie au Massachusetts Institute of Technology au milieu des années 1960. Les recherches qu’il a menées pour écrire son livre ont été entreprises pour satisfaire sa curiosité intellectuelle, pas parce qu’il devait gagner sa vie. Mais très peu de gens peuvent s’offrir le luxe de travailler pour satisfaire leur curiosité intellectuelle ou exprimer leurs impulsions créatrices.
Voyons par exemple les employés des Presses universitaires de Princeton, qui ont transformé le manuscrit de Gordon en pages imprimées d’un livre. Certes, ils utilisent des techniques radicalement différentes de celles qu’employaient leurs prédécesseurs dans les années 1920, qui mettaient en page les livres des économistes éminents de l’époque comme Irving Fisher ou Wesley C. Mitchell. Et ils travaillent dans des locaux plus confortables. Pourtant, ils font le même type de travail pour les mêmes raisons personnelles : pour gagner leur vie.
En lisant le livre de Gordon, on pourrait conclure que la semaine de 40 heures et l’année de travail d’un peu plus de 11 mois comme aux Etats-Unis représentent le niveau le plus avancé que puisse atteindre la société pour ce qui est du temps de travail nécessaire fourni par ses membres. Mais dans une économie socialiste planifiée, il serait possible, grâce à une augmentation progressive et en forme de cercle vertueux de la productivité du travail, de réduire de façon radicale le temps de travail total nécessaire pour produire à la fois les moyens de production et les biens de consommation. En l’espace de seulement quelques générations, les gens ne travailleraient plus que, disons, 20 heures par semaine et six mois par an. Tout le monde aurait à la fois le temps disponible et l’accès aux ressources matérielles et culturelles nécessaires pour acquérir les connaissances scientifiques et techniques aujourd’hui réservées à une élite privilégiée. Il y a plus d’un siècle et demi de cela, Marx envisageait ainsi la société communiste de l’avenir :
« Le temps libre – qui est aussi bien temps de loisir que temps destiné à une activité supérieure – a naturellement transformé son possesseur en un sujet différent, et c’est en tant que tel qu’il entre alors dans le procès de production immédiat. Ce dernier est à la fois discipline, si on le considère dans la perspective de l’homme en devenir, et en même temps exercice pratique, science expérimentale, science matériellement créatrice et s’objectivant, dans la perspective de l’homme tel qu’il est au terme de ce devenir, dans le cerveau duquel existe le savoir accumulé de la société.
– Manuscrits de 1857-1858 (« Grundrisse »)
Dans la société communiste de l’avenir, il y aura une augmentation considérable du nombre de personnes capables de développer des innovations techniques, à la mesure des héros du passé célébrés par Gordon, comme Thomas Edison, Karl Benz (l’inventeur de l’automobile) ou Guglielmo Marconi (un des pionniers de la radio).
La Deuxième Guerre mondiale : un exemple de capitalisme d’Etat
Pour des marxistes, la partie la plus intéressante du livre de Gordon est son analyse du « grand bond en avant » de la productivité du travail qui a eu lieu pendant la Deuxième Guerre mondiale (1939-1945) et qui s’est poursuivi pendant les deux premières décennies de l’après-guerre. Gordon écrit en conclusion : « La Deuxième Guerre mondiale a sauvé l’économie américaine d’une stagnation séculaire, et un scénario hypothétique de croissance économique après 1939 qui n’inclurait pas la guerre serait lamentable dans le meilleur des cas. » C’est le seul moment de l’histoire américaine contemporaine où le développement d’unités de production utilisant de nouvelles techniques plus avancées ne fut pas déterminé par les anticipations de profits des dirigeants des grandes entreprises et des financiers de Wall Street. Pour vaincre ses ennemis capitalistes-impérialistes, le gouvernement américain – le comité exécutif de la classe dirigeante américaine dans son ensemble – décida et finança un programme sans précédent de construction d’usines et d’infrastructures industrielles.
On peut lire dans un ouvrage de référence sur l’histoire économique de la Deuxième Guerre mondiale :
« La période qui va de 1940 à 1944 a connu une expansion de la production industrielle aux Etats-Unis plus importante que pendant n’importe quelle période précédente […]. Entre 1940 et 1944, la production totale de produits manufacturés a augmenté de 300 %, et celle de matières premières d’environ 60 % . On estime que les investissements dans des usines et des infrastructures nouvelles, dont beaucoup d’investissements directs réalisés par le gouvernement, ont accru la capacité productive de l’économie de quelque chose comme 50 % . »
– Alan S. Milward, War, Economy and Society 1939-1945 (1977)
Les usines et autres infrastructures productives financées par le gouvernement furent mises gratuitement à la disposition des capitalistes privés, ce qui leur permit d’accroître fortement leurs profits pendant et après la guerre. Gordon écrit à ce sujet : « Bien que les investissements privés aient stagné dans la période 1930-1945, les investissements en capital financés par le gouvernement ont fait un bond en avant durant ces quinze années. Particulièrement notable fut la création de nouvelles usines payées par le gouvernement mais gérées par des entreprises privées pour produire du matériel et des fournitures militaires. »
Franklin Roosevelt et les autres chefs politiques de l’Etat impérialiste américain (par exemple le ministre de la Guerre Henry L. Stimson et le ministre du Trésor Henry Morgenthau) connaissaient les rouages intimes des grandes entreprises industrielles et des banques. Leur expérience de première main leur avait appris qu’ils ne pouvaient pas compter sur les mécanismes normaux du marché capitaliste pour maximiser la production d’armements en un minimum de temps. On donna donc aux grands industriels comme Henry Ford et Henry Kaiser l’assurance de profits garantis, grâce à la méthode dite du « prix de revient majoré » pour fixer les prix d’achat par l’Etat. On achetait à leurs entreprises les cuirassés, les bombardiers, les tanks, etc., en leur payant un montant correspondant au prix de revient qu’elles déclaraient, plus une marge bénéficiaire supplémentaire. Sur toute la durée de la guerre, les profits après impôts des entreprises industrielles augmentèrent de 120 %.
Bien plus important de par ses effets économiques à long terme fut le financement direct par le gouvernement de la construction d’usines et autres infrastructures industrielles. Gordon souligne que le nombre de machines-outils (l’ingrédient essentiel d’une économie industrielle) doubla entre 1940 et 1945, et que « presque toutes ces nouvelles machines-outils furent financées par le gouvernement et non par des entreprises privées ». La gigantesque chaîne d’assemblage de bombardiers construite par Ford à Willow Run, dans le Michigan, fut financée par 1e gouvernement. Il en fut de même de grands oléoducs, toujours en service aujourd’hui, construits pour relier les champs pétroliers du Texas au nord-est des Etats-Unis. En outre, les principales technologies à la base de la « troisième révolution industrielle » de Gordon, à partir des années 1960, tiraient aussi leur origine des recherches de l’armée américaine pendant la Deuxième Guerre mondiale. Le prototype des gros ordinateurs, l’ENIAC (Electronic Numerical Integrator and Computer), fut développé par des savants et des ingénieurs de l’université de Pennsylvanie employés par le ministère de la guerre.
Quand l’Etat capitaliste-impérialiste américain maximisait la production, la productivité du travail et l’innovation technologique, c’était pour semer la mort et la destruction chez d’autres peuples. La percée scientifique et technique peut-être la plus importante du XXe siècle, la maîtrise de l’énergie nucléaire, fut utilisée pour incinérer la population civile des villes japonaises d’Hiroshima et de Nagasaki.
Gordon contre les « techno-optimistes »
Dans son livre, Gordon désigne comme son adversaire principal un courant intellectuel qu’il a baptisé les « techno-optimistes » – ceux qui prévoient que des techniques nouvelles, comme la robotique et l’intelligence artificielle, amèneront l’économie américaine à l’orée d’une vague de croissance économique. Comme Gordon, ces techno-optimistes (parmi lesquels Joel Mokyr, un de ses collègues à la Northwestern University, ainsi qu’Andrew McAfee et Erik Brynjolfsson au MIT) sont convaincus que c’est avant tout l’innovation technique qui détermine l’évolution de la société. Le désaccord porte sur deux questions très différentes. L’une concerne la sphère de la consommation immédiate, l’autre la sphère de la production dans l’avenir.
Gordon argumente que l’effet des nouvelles technologies de l’information et de la communication sur la qualité de la vie quotidienne a été relativement limité comparé aux innovations et inventions majeures de 1870 à 1970. Celles-ci vont de l’eau courante, de l’éclairage électrique et du chauffage central à l’automobile, aux avions et à la télévision :
« Il y a certes des innovations continuelles depuis 1970, mais elles ont un impact moindre qu’auparavant ; elles sont focalisées sur l’industrie du divertissement et les technologies de l’information et la communication (TIC) ; les avancées dans plusieurs dimensions du niveau de vie liées à l’alimentation, à l’habillement, à l’électroménager, au logement, aux transports, à la santé et aux conditions de travail sont moins rapides qu’avant 1970. »
A un autre niveau, la controverse entre Gordon et les techno-optimistes porte sur la « futurologie » : la plus ou moins grande probabilité que de nouvelles technologies avec un fort potentiel de transformation soient développées et adoptées à une large échelle dans un avenir proche. Des deux côtés, on considère implicitement que le capitalisme est le meilleur système pour encourager l’innovation technique. Des deux côtés, bien sûr, on écarte d’un revers de main la perspective d’une économie collectivisée et planifiée.
Mokyr a publié en 2014 un article intitulé « Le prochain âge des inventions : l’avenir de la technique est plus radieux que ne veulent l’admettre les pessimistes ». Il s’y enthousiasme pour les super-ordinateurs, l’impression 3-D, le génie génétique et autres merveilles. Il ne parle cependant nulle part de salaires, de coûts de production, de marchés ou de profits. Ces catégories fondamentales qui gouvernent la production capitaliste et les investissements dans les nouvelles technologies sont semblablement absentes de son article « Notre avenir économique est-il derrière nous ? » (29 novembre 2016), une brève polémique contre le dernier livre de Gordon. Au cas improbable où Mokyr serait nommé PDG d’Apple ou de General Electric, ces entreprises risqueraient la faillite. S’il suivait ses propres recommandations, Mokyr utiliserait les équipements les plus avancés et par conséquent les plus coûteux, sans se demander si cela augmenterait les coûts de production au-delà de ceux des entreprises concurrentes.
Dans son article de 2014, Mokyr avance un argument économique à l’appui du techno-optimisme : « Une deuxième raison pour laquelle le progrès technique se poursuivra à un rythme soutenu est liée à l’émergence d’un marché mondial concurrentiel, qui encouragera la dissémination des nouvelles technologies à partir de leur lieu d’origine vers de nouveaux utilisateurs qui ne souhaiteront pas rester en arrière. » En fait, l’expansion du commerce international et de l’exportation des capitaux ne constitue guère un encouragement sans ambiguïté au développement technique. A l’époque impérialiste, l’économie internationale se heurte aux mêmes Etats-nations sur lesquels les impérialistes basent leur pouvoir, et qui constituent un obstacle au développement des forces productives de l’humanité. La production en Europe, au Japon et à certains endroits en Asie utilise effectivement des méthodes modernes. Mais le fait qu’il existe un immense réservoir de main-d’œuvre bon marché disponible dans le sous-continent indien, en Extrême-Orient et en Amérique latine a tendance à inhiber les investissements dans des technologies permettant d’économiser la main-d’œuvre, que ce soit dans le tiers-monde ou dans les centres impérialistes.
Quand les entreprises industrielles américaines ou européennes transfèrent leurs activités industrielles dans des pays pauvres, elles ont souvent tendance à utiliser des méthodes de production avec une intensité capitalistique moindre. Prenons l’industrie de l’habillement. La technique existe pour pouvoir produire des vêtements dans des usines hautement automatisées à forte intensité capitalistique, mais les entreprises trouvent qu’il est meilleur marché d’employer des ouvriers dans des néocolonies opprimées comme le Bangladesh; ces ouvriers sont payés quelques cents pour coudre des vêtements dans des conditions de travail plus proches du XIXe que du XXIe siècle.
Dans les pays du « premier monde », les connaissances scientifiques et techniques actuelles ne sont pas non plus utilisées d’une façon rationnelle et bénéfique pour la société, et dans de nombreux cas elles sont délibérément employées de manière néfaste. Prenons la recherche médicale : d’importants moyens sont consacrés au traitement de la calvitie et des troubles de l’érection, tandis qu’on investit des sommes dérisoires dans de nouveaux médicaments et de nouveaux vaccins contre des maladies tropicales potentiellement mortelles.
Rien qu’aux Etats-Unis, environ 23 000 personnes meurent chaque année d’infections dues à des bactéries résistantes aux antibiotiques. Selon une étude financée par le gouvernement britannique, d’ici le milieu du XXIe siècle jusqu’à dix millions de personnes pourraient être tuées chaque année par des bactéries résistantes si l’on ne découvre pas de nouveaux traitements. Mais malgré ce besoin social urgent, la plupart des grandes sociétés pharmaceutiques internationales ont depuis longtemps arrêté le développement de nouveaux antibiotiques en invoquant des retours sur investissement insuffisants.
De même, environ 25 millions d’Américains souffrent de ce qu’on appelle des maladies rares, comme la maladie de Charcot, la mucoviscidose ou la drépanocytose, une maladie qui touche principalement les Noirs. Mais les investissements dans la recherche de traitements pour ce genre de maladies sont notoirement insuffisants, alors même que la recherche sur les maladies rares a souvent ouvert des voies prometteuses pour le traitement de maladies plus répandues. Le Centre pour le journalisme médical de l’université de Californie du Sud explique ainsi les réticences des sociétés pharmaceutiques : « La plupart des gens disent qu’investir dans le traitement des maladies rares – qui touchent des dizaines de milliers de personnes – n’est pas rationnel commercialement. »
Mokyr, McAfee, Brynjolfsson et compagnie, faisant fi des lois qui gouvernent le mode de production capitaliste, anticipent dans un avenir proche un bond qualitatif de la productivité grâce à l’utilisation de « techniques brillantes ». Gordon accepte implicitement les limitations du système capitaliste en niant la possibilité même d’un tel scénario. Concernant la robotique, il écrit : « L’augmentation exponentielle de la vitesse et de la mémoire des ordinateurs va bien plus vite que la capacité des robots à reproduire les mouvements humains. » Il n’avance aucun argument pour expliquer pourquoi ce fossé ne pourrait pas être dans une large mesure comblé par de futures avancées des connaissances scientifiques et techniques. Il n’étudie pas les ressources actuellement consacrées à la recherche en robotique.
La plus grande partie de la recherche scientifique universitaire est directement financée par le gouvernement fédéral, et la plus grande partie des financements fédéraux sont à visée militaire. Le budget américain a consacré 6,5 milliards de dollars en 2016 à la recherche-développement par l’intermédiaire de la National Science Foundation, tandis qu’à lui seul le budget de recherche-développement de l’Armée de l’Air américaine se montait à près de 27 milliards. La recherche en sciences physiques, y compris la robotique, vise comme objectif ultime (même si ce n’est pas à court terme) à construire de meilleurs drones et autres machines destinées à faire exploser des cibles et à tuer des gens pour défendre les intérêts de l’impérialisme capitaliste. Le financement de la recherche en mathématiques vise à mettre au point des algorithmes pour préserver les secrets et les agissements de l’Etat et à déchiffrer les secrets des autres. On estime que la National Security Agency est le plus grand employeur de mathématiciens aux Etats-Unis.
A tous les niveaux, malgré sa soif d’innovation technique, le capitalisme n’est pas l’allié du progrès scientifique mais son ennemi. Qu’il s’agisse des lois sur la propriété intellectuelle, des incitations perverses du marché ou des dizaines de milliards dépensés pour développer des armes plus efficaces, le capitalisme oriente la recherche en fonction des intérêts de la classe dirigeante et de son appareil d’Etat. Si les mêmes ressources étaient consacrées à faire avancer la connaissance humaine, à augmenter le bonheur humain et à donner à l’humanité la maîtrise de son destin, ce qui pourrait être réalisé est presque inimaginable. Il faudra pour cela renverser le système capitaliste-impérialiste par une série de révolutions prolétariennes et jeter ainsi les bases d’une économie socialiste planifiée à l’échelle mondiale. C’est pour diriger le prolétariat dans cette lutte que la Ligue communiste internationale se bat pour reforger la Quatrième Internationale, le parti mondial de la révolution socialiste.
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/223/economistes.html
submitted by FinnagainsAwake to RepubliqueOuvriere [link] [comments]

La production pour le profit : anarchie et pillage - Capitalisme et réchauffement climatique (Part 2) (Mars 2016)

https://archive.is/5KYLY
Les ravages de l’impérialisme
Quels que soient véritablement les conséquences et le calendrier du réchauffement climatique, une chose est sûre : dans un monde dominé par le capitalisme impérialiste, ce sont essentiellement la classe ouvrière et les pauvres qui subiront les conséquences humaines les plus désastreuses – qu’il s’agisse de famines, de la désorganisation de la société ou de maladies. Les pays les moins développés, qui ont des infrastructures insuffisantes et de trop maigres ressources pour s’adapter aux nouvelles conditions climatiques, paieront un très lourd tribut. Le vrai coupable n’est pas tant le changement climatique que le système capitaliste mondial, qui impose aux pays semi-coloniaux des conditions inhumaines et prive leurs populations des moyens de défense les plus élémentaires, et pas seulement en temps de catastrophes.
L’impérialisme moderne, caractérisé par l’exportation de capitaux, s’est développé à la fin du XIXe siècle ; les frontières des Etats-nations s’avéraient trop étroites et confinées pour satisfaire les besoins des capitalistes en nouveaux marchés et en main-d’œuvre bon marché. Par le fer et par le sang, les pays avancés ont au fond partagé le monde en sphères d’exploitation en concurrence les unes avec les autres. Lénine a décrit ce processus dans l’Impérialisme, stade suprême du capitalisme (1916), un classique du marxisme. Chaque classe capitaliste cherchant à défendre ses intérêts aux dépens de ses rivales, les impérialistes se sont embarqués dans une série de conquêtes et de guerres coloniales, dont la Première Guerre mondiale et la Deuxième ont été les points culminants.
Les classes capitalistes d’Amérique du Nord, d’Europe et du Japon exploitent non seulement leur propre classe ouvrière mais aussi les masses opprimées d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, bloquant ainsi tout développement économique et social pour l’immense majorité de l’humanité. Les écologistes citent l’exemple du Sahel en Afrique sub-saharienne comme preuve de l’ampleur des conséquences du réchauffement climatique. Cette région, qui s’étend de l’océan Atlantique au Soudan, connaît depuis plus de quarante ans des sécheresses et des précipitations irrégulières. Il est vrai que la désertification rapide du Sahel, majoritairement peuplé d’éleveurs nomades et de paysans, a exacerbé la concurrence pour la terre entre les nombreux groupes ethniques de la région. Mais le fait que le Sahel s’enfonce dans la pauvreté, la famine et la misère est au fond un phénomène créé par l’homme : c’est une conséquence de la domination impérialiste.
En Afrique, une petite partie seulement des terres sont actuellement arables. Pour développer l’agriculture africaine, il faut construire des systèmes d’irrigation, assécher les marais et assainir les régions insalubres. Mais de telles mesures resteront impensables tant que le continent sera pris dans l’étau du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale. Le colonialisme a conduit l’Afrique dans une impasse en la forçant à spécialiser son agriculture dans les produits tropicaux destinés à l’exportation afin de pouvoir rembourser une dette usuraire (dette d’ailleurs accumulée dans une large mesure pour importer massivement des produits alimentaires). La destruction de l’Etat ouvrier bureaucratiquement déformé soviétique en 1991-1992 a considérablement aggravé la dévastation du continent africain. L’Union soviétique constituait en effet le principal contrepoids à l’impérialisme américain et elle fournissait une aide importante à divers régimes du tiers-monde.
Tant que durera le capitalisme, il continuera à provoquer des famines à grande échelle et autres fléaux, comme les épidémies de maladies évitables causées par le manque d’infrastructures sociales de base (égouts, alimentation en eau potable, etc.). Même si le réchauffement climatique produit par l’homme était stoppé d’une façon ou d’une autre sous le capitalisme, les déprédations impérialistes continueraient sans relâche. Ceci a notamment comme conséquence que des milliards de personnes resteraient vulnérables aux changements climatiques « naturels », aux fluctuations régionales des cycles saisonniers, aux « événements météorologiques extrêmes » comme les ouragans et autres catastrophes naturelles. Le tremblement de terre qui a touché Haïti en janvier 2010 en est l’illustration : le nombre de victimes – environ 250 000 personnes – est le résultat de l’oppression impérialiste à laquelle est soumis depuis plus d’un siècle ce pays extrêmement pauvre, une oppression qui l’a laissé complètement à la merci des effets du séisme. A Port-au-Prince, les bâtiments mal construits se sont tout simplement écroulés ; aujourd’hui environ 1 500 000 Haïtiens vivent toujours sous des tentes de fortune.
La lutte pour le renversement révolutionnaire de l’ordre capitaliste décadent est une question de survie pour l’humanité. Une petite preuve de la supériorité d’une économie collectivisée sur le système capitaliste de production pour le profit est la façon dont Cuba, un Etat ouvrier déformé, a su protéger sa population d’ouragans dévastateurs. Quatre ouragans ont frappé Haïti en 2008, faisant 800 morts. Deux de ces tempêtes ont également traversé Cuba, entraînant la mort de quatre personnes. Malgré la mauvaise gestion bureaucratique de l’économie et la relative pauvreté du pays – aggravée par plus de quarante ans d’embargo économique américain –, Cuba est connue pour l’efficacité avec laquelle sont évacués ses habitants lors de catastrophes naturelles de ce genre : le gouvernement diffuse rapidement des prévisions météorologiques, il éduque et mobilise la population et organise l’hébergement d’urgence, les moyens de transport, l’approvisionnement en produits alimentaires ainsi que l’assistance médicale.
Spéculation et protectionnisme
Même si beaucoup de militants radicaux écologistes se considèrent anticapitalistes, toutes les variantes de l’écologisme sont des expressions de l’idéologie bourgeoise – elles proposent des correctifs sans remettre en question la pénurie et la société de classe. Les « solutions » au réchauffement climatique préconisées par de nombreux écologistes se basent sur le marché et elles ont la faveur des gouvernements capitalistes un peu partout dans le monde. Leur pièce maîtresse est le système dit « de plafonnement et d’échange » (plafonnement des émissions et échange des droits d’émission), qui est appliqué aujourd’hui dans toutes les économies européennes. Ce programme fixe une limite généreuse à la quantité de gaz à effet de serre que les entreprises sont autorisées à émettre (« plafonnement »). Celles d’entre elles dont les émissions dépassent cette limite doivent acheter des crédits à celles qui émettent moins que leur niveau autorisé (« échange »). En fin de compte, c’est la classe ouvrière qui fait les frais de ce système, en premier lieu du fait des coûts plus élevés de l’énergie et des carburants. De même, si l’on instaurait une taxe carbone destinée à refléter le « coût social » des émissions sous forme de « prix », ce serait la classe ouvrière qui en supporterait le coût.
Les entreprises peuvent également éviter de réduire leurs émissions si elles investissent dans des mécanismes de « compensation » : des projets mis en place ailleurs, souvent dans des pays pauvres, et qui sont censés réduire la quantité de gaz à effet de serre présente dans l’atmosphère. Dans le cadre de l’un de ces projets, des familles rurales pauvres en Inde ont reçu des pompes à pédale pour irriguer leurs terres. Un autre projet encourage les Kenyans à utiliser des générateurs qui marchent au fumier. Des programmes de plantation d’arbres au Guatemala, en Equateur et en Ouganda ont perturbé les systèmes locaux d’approvisionnement en eau, obligeant ainsi des milliers de paysans à quitter leur terre sans avoir jamais reçu la compensation promise pour s’occuper des arbres. Les écologistes occidentaux peuvent peut-être « compenser » leur sentiment de culpabilité libérale de vivre une vie confortable en soutenant de tels programmes, mais dans le tiers-monde, le résultat final n’est autre qu’une paupérisation accrue des masses.
Le système « de plafonnement et d’échange » est devenu un nouveau terrain de spéculation. Certains fabricants de produits chimiques, comme la société DuPont, ont accru leur production d’un certain réfrigérant, le HFC-23 (un gaz à fort effet de serre), dans le but d’en incinérer un sous-produit de fabrication et de toucher ainsi une grosse somme en « compensation ». Le « marché carbone » promet aussi de devenir un nouveau terrain de jeu gigantesque pour les spéculateurs, les virtuoses du capital-risque et les banques d’affaires – un peu comme celui des créances hypothécaires qui a précipité l’implosion de l’économie mondiale. Plus de 130 milliards de dollars se sont échangés sur le marché mondial du carbone en 2009.
L’écologisme va aussi de pair avec le chauvinisme, ce qu’illustre le soutien des écologistes aux mesures de protectionnisme commercial. Si les principaux acteurs de la conférence de Copenhague étaient arrivés à un accord, cela aurait certainement eu comme conséquence un regain de protectionnisme. Comme l’a fait remarquer Michael Levi dans Foreign Affairs (septembre-octobre 2009) : « En dehors des sanctions commerciales et autres pénalités désagréables, le monde a peu d’options efficaces pour faire appliquer les engagements pris pour réduire les émissions. » En effet, la législation environnementale a longtemps servi de couverture pour imposer des droits de douane, une pratique bien établie dans les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Historiquement, le protectionnisme a provoqué en représaille des guerres commerciales, qui ont une fâcheuse tendance à se transformer en guerres tout court.
Le président de la Commission européenne a menacé en 2009 d’imposer une taxe sur les produits en provenance des Etats-Unis et d’autres pays non signataires du protocole de Kyoto, ceci afin de protéger les entreprises européennes. Aux Etats-Unis, la version du projet de loi présenté par le Parti démocrate à la Chambre des représentants pour instaurer un système « de compensation et d’échange » inclut une disposition qui prévoit une taxe sur les importations en provenance des pays qui n’auraient pas réduit leurs émissions d’ici 2020. L’industrie sidérurgique américaine appelle déjà à des sanctions contre les producteurs d’acier chinois si la Chine ne s’engage pas à réduire ses émissions de carbone. Emboîtant le pas aux aciéristes américains, les bureaucrates chauvins et anticommunistes du syndicat des ouvriers de la sidérurgie United Steelworkers ont porté plainte contre la Chine pour violation des règles de l’OMC parce qu’elle subventionne les exportations de panneaux solaires, d’éoliennes et autres équipements d’« énergie propre ». Le protectionnisme donne de la crédibilité à l’idée mensongère que dans chaque pays les travailleurs sont liés à leurs exploiteurs par des « intérêts nationaux » communs ; c’est du poison pour la solidarité internationale de la classe ouvrière.
Le protectionnisme visant les importations d’éthanol de canne à sucre en provenance du Brésil et d’autres pays fait aussi partie intégrante du plan du gouvernement Obama pour l’« indépendance énergétique » des Etats-Unis. En qualifiant la dépendance des Etats-Unis envers le pétrole du Proche-Orient de talon d’Achille de l’Amérique, Obama n’a laissé planer aucun doute sur le fait que l’« indépendance énergétique » est un cri de ralliement pour accroître la capacité de l’impérialisme américain à réaliser ses ambitions militaires et économiques dans le monde entier, grâce à la diversification de ses ressources énergétiques et une meilleure maîtrise de celles-ci.
Ce n’est pas par hasard que des groupes comme Greenpeace reprennent à leur compte le slogan de l’« indépendance énergétique ». Les principales organisations politiques écologistes, les partis « verts », sont des partis capitalistes de deuxième ordre hostiles au prolétariat. Aux Etats-Unis, les Verts jouent un rôle de groupe de pression libéral sur le Parti démocrate. Ce parti compte dans ses rangs des apôtres de l’écologisme comme Al Gore qui, à l’époque où il était vice-président sous Bill Clinton, a contribué à la mise en œuvre des sanctions pour affamer les Irakiens, ainsi qu’au bombardement de la Serbie. En Allemagne, les Verts ont participé à une coalition gouvernementale capitaliste avec le Parti social-démocrate de 1998 à 2005. Durant cette période, les écologistes allemands ont fait écho sur le thème de la « lutte contre la surpopulation » aux discours de l’extrême droite et à son racisme anti-immigrés. Joschka Fischer, ministre vert des Affaires étrangères, a déployé l’armée allemande en dehors des frontières (pour la première fois depuis le Troisième Reich de Hitler) pour participer aux guerres menées par les Etats-Unis contre la Serbie et l’Afghanistan.
La montée du capitalisme vert
L’écologisme n’est en aucune manière hostile à la production pour le profit. Comme le fait remarquer l’auteur d’un article du New York Times (21 avril 2010) intitulé « 40 ans après, la Journée de la Terre est une affaire de gros sous » : « L’hostilité aux entreprises était telle, au moment de la première édition de la Journée de la Terre en 1970, que les organisateurs n’avaient accepté aucune subvention de la part des grandes entreprises et qu’ils proposaient des séminaires pour “tenir tête aux chefs d’entreprise et de gouvernement dans les débats”. Quarante ans plus tard, la Journée de la Terre est devenue un événement marketing branché pour vendre tout un éventail de biens et de services, comme des fournitures de bureau, des yaourts grecs et des produits éco-dentaires. »
La rhétorique « écolo » n’a jamais été aussi présente qu’aujourd’hui dans les conseils d’administration des entreprises. En 2009, une légion de grandes entreprises avaient quitté la chambre de commerce américaine pour protester contre son déni total du réchauffement climatique. Cette attitude reflétait des intérêts divergents au sein de la bourgeoisie américaine. Plusieurs grandes entreprises ont décidé d’adopter une politique de « neutralité carbone », comme le géant de l’Internet Google, qui se flatte de construire des centres de données « éco-énergétiques » et d’investir dans des installations solaires et des parcs éoliens.
Lord Browne, ex-directeur général de British Petroleum (BP), avait contribué au milieu des années 1990 à lancer cette mode en faisant passer l’amélioration des rendements pour des réductions d’émissions et en faisant tout un battage là-dessus à coups de communiqués de presse. Aux Etats-Unis, les homologues de Browne injectaient des millions de dollars dans les caisses de la « Global Climate Coalition », l’un des groupes industriels les plus ouvertement opposés à la réduction des émissions. Browne au contraire flairait les subventions et les avantages fiscaux qui allaient découler du consensus occidental naissant selon lequel les émissions de carbone étaient un problème. Il rebaptisa son entreprise « Beyond Petroleum », créa un nouveau logo « écolo » et entreprit de faire du producteur régional qu’était BP une compagnie pétrolière mondiale engagée aussi dans les énergies « alternatives ». Pendant ce temps, BP réduisait les coûts en utilisant des matériaux de construction bon marché et rognait sur les dispositifs de sécurité des plates-formes pétrolières, préparant ainsi le terrain pour de nombreux « accidents », comme l’explosion d’avril 2010 qui causa la mort de onze travailleurs et le déversement de millions de barils de pétrole dans le golfe du Mexique (voir « Désastre dans le golfe : la course au profit capitaliste tue », Workers Vanguard n° 961, 2 juillet 2010).
Même si les écologistes libéraux et les réformistes de l’ISO montrent BP du doigt parce que ce dernier cherche à « écoblanchir » son exploitation des combustibles fossiles, le fait est que Browne a été l’un des instigateurs du mouvement pour le « passage au vert ». L’attention médiatique qui a entouré le calculateur de consommation énergétique que BP avait posté en 2005 sur son site internet a contribué à populariser l’idée que chaque individu devait réduire son « empreinte carbone ». L’année suivante, Al Gore prescrivait dans son documentaire Une vérité qui dérange l’abandon de certaines habitudes de vie prétendument gaspilleuses : les gens devaient consommer moins, utiliser moins d’eau chaude, remplacer leurs ampoules à incandescence par des lampes fluo-compactes et gonfler correctement leurs pneus de voiture. L’Economist de Londres (31 mai 2007), porte-parole du capital financier, faisait remarquer sarcastiquement que « les choix économiques individuels ne feront pas l’ombre d’une différence pour l’avenir de la planète. On ne sauvera pas les ours polaires en éteignant les lumières. » Les sermons d’Al Gore sur la réduction de la consommation ne l’empêchent pas de profiter de sa somptueuse villa de Nashville ou de son jet privé.
« Faire plus avec moins » n’est pas franchement une option pour les ouvriers au chômage dans les friches industrielles de Detroit, ou pour les populations qui vivent entassées dans les bidonvilles de Calcutta. Les entreprises qui deviennent « neutres en carbone » n’amélioreront pas les conditions de travail sur les chaînes de montage, où les ouvriers risquent de perdre un membre ou même la vie parce que les patrons décident d’augmenter les cadences pour extraire un maximum de profit. Le recours à des sources d’énergie « alternatives » ne réduira pas les niveaux de pollution dans les quartiers pauvres et ouvriers. Les entreprises qui produisent de l’énergie, en revanche, s’en mettront plein les poches.
Toute tentative d’utiliser de façon rationnelle les ressources de la planète et d’éviter la dégradation à grande échelle de l’environnement se heurte nécessairement à l’anarchie de la production sous le capitalisme, un système qui repose sur la propriété privée des moyens de production (les usines, la technologie, la terre, etc.). Même si les usines individuellement peuvent être bien organisées, il n’y a pas de planification économique à l’échelle mondiale. Les décisions d’investissement, y compris pour la recherche et le développement, sont avant tout motivées par le profit.
Friedrich Engels, qui a fondé avec Karl Marx le socialisme moderne et scientifique, écrivait dans son essai inachevé de 1876 « Le rôle du travail dans la transformation du singe en homme » :
« Pourvu que individuellement le fabricant ou le négociant vende la marchandise produite ou achetée avec le petit profit d’usage, il est satisfait et ne se préoccupe pas de ce qu’il advient ensuite de la marchandise et de son acheteur. Il en va de même des effets naturels de ces actions. Les planteurs espagnols à Cuba qui incendièrent les forêts sur les pentes et trouvèrent dans la cendre assez d’engrais pour une génération d’arbres à café extrêmement rentables, que leur importait que, par la suite, les averses tropicales emportent la couche de terre superficielle désormais sans protection, ne laissant derrière elle que les rochers nus ? Vis-à-vis de la nature comme de la société, on ne considère principalement, dans le mode de production actuel, que le résultat le plus proche, le plus tangible. »
Pourquoi la question de l’environnement suscite-t-elle alors des inquiétudes de la part de nombreux porte-parole de la bourgeoisie ? D’abord parce qu’un capitaliste individuel va s’inquiéter s’il est démontré que la pollution industrielle affecte sa propre santé et pas seulement celle de ses esclaves salariés. Plus généralement, un nombre croissant de représentants politiques des capitalistes s’alarment face à la menace de perturbations économiques et sociales que fait peser le réchauffement climatique. Un article du New York Times (9 août 2009) intitulé « Le changement climatique considéré comme une menace pour la sécurité américaine » citait plusieurs experts militaires et spécialistes du renseignement qui évoquaient la possibilité, dans les prochaines décennies, « d’intervenir militairement pour faire face aux effets de tempêtes violentes, de sécheresses, de migrations de masse et d’épidémies ». Le Pentagone élabore déjà des plans pour sécuriser ses installations situées au niveau de la mer et fortifier les frontières pour empêcher l’entrée de réfugiés. Les discours du gouvernement sur la sauvegarde des intérêts américains sont une recette pour de nouvelles interventions impérialistes comme l’occupation d’Haïti, sous couvert de « porter secours aux victimes de la catastrophe » après le séisme de janvier 2010.
Ceux qui à gauche ne croient plus à une révolution socialiste prolétarienne n’ont plus rien d’autre à proposer que leurs propres scénarios catastrophe avec des stratégies réformistes impuissantes. Dans la New Left Review (janvier-février 2010), Mike Davis écarte la possibilité d’une « révolution mondiale », qualifiée de « scénario complètement irréaliste ». Il se résigne ainsi à accepter l’inévitabilité d’une catastrophe écologique imminente : « Au lieu de galvaniser l’innovation héroïque et la coopération internationale, les turbulences environnementales et socio-économiques croissantes risquent simplement de pousser encore plus les classes supérieures à se claquemurer frénétiquement pour s’isoler du reste de l’humanité […]. L’objectif serait de créer de vertes oasis de richesse permanente, entourées de murs, au milieu d’une planète dévastée. »
John Bellamy Foster, une vedette de l’« éco-socialisme », déploie tous ses efforts pour transformer Karl Marx en un proto-écologiste et pour vider le marxisme de son contenu révolutionnaire. Dans un article publié dans la Monthly Review (janvier 2010), il parle d’un « nouveau prolétariat environnemental » composé de petits paysans, d’habitants des bidonvilles sans travail et d’autres couches de la population du tiers-monde « directement exposées et qui seront les premières touchées par les catastrophes imminentes ». Ce « prolétariat » est présenté comme « le principal agent historique et l’initiateur d’une nouvelle ère de révolutions écologiques ». Cette notion prend clairement ses racines dans la « nouvelle gauche » des années 1960. Celle-ci rejetait l’idée que la classe ouvrière, dans les pays avancés comme dans le monde néocolonial, est la seule à pouvoir renverser l’ordre capitaliste et collectiviser les moyens de production. Après la disparition de la nouvelle gauche, de nombreux militants radicaux se sont réconciliés avec l’impérialisme et ont adhéré à l’une ou l’autre variante de la politique écologiste.
Il existe bel et bien un prolétariat dans les régions dont parle Bellamy : les mineurs de platine en Afrique du Sud, les ouvriers des chaînes de montage de l’industrie automobile en Inde et dans les usines aéronautiques au Brésil. Comme dans les pays capitalistes avancés, ce qui manque ce sont des partis ouvriers révolutionnaires, capables de mobiliser cette puissance sociale en se mettant à la tête des masses dépossédées des villes et des campagnes pour les mener vers une révolution socialiste.
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/215/climat.html
submitted by ShaunaDorothy to FranceLeBolchevik [link] [comments]

Etats-Unis : face aux attaques, le syndicat des dockers ILWU tient bon - Les leçons de la bataille de Longview

https://archive.is/v44Hr
Le Bolchévik nº 200 Juin 2012
Les membres de la section locale 21 du syndicat des dockers ILWU (International Longshore and Warehouse Union) ont commencé le 7 février à charger du blé à destination de la Corée du Sud. C’était le premier bateau à entrer dans le tout nouveau terminal ultramoderne de la firme céréalière EGT à Longview, dans l’Etat de Washington. Deux jours plus tard, les membres de la section 21 approuvaient par un vote une convention collective de cinq ans couvrant à la fois les techniciens de maintenance et les opérateurs du terminal. Les briseurs de grève de la section locale 701 du « syndicat » jaune Operating Engineers ont dégagé, et le syndicat ILWU a repris sa place. Ceci marque la fin de près de deux ans de confrontation entre d’un côté l’ILWU et de l’autre le géant céréalier EGT, avec derrière lui, en fin de compte, toutes les ressources de l’Etat capitaliste.
Nous saluons la combativité et la détermination des membres de l’ILWU qui ont lutté avec tant d’acharnement, et tout particulièrement ceux de la section locale 21. Dès le début de cette bataille, le syndicat et ses alliés ont mobilisé leurs forces avec des actions syndicales comme on n’en avait pas vues dans ce pays depuis des dizaines d’années. Des piquets de grève de masse ont été organisés pour bloquer les trains chargés de céréales à destination du terminal EGT. Les flics ont riposté par une campagne de harcèlement, d’intimidation et d’arrestations à répétitions visant les membres de l’ILWU et ceux qui les soutenaient. Robert McEllrath, le président de l’ILWU international, qui avait lui-même été molesté par les flics, appela à lever les piquets le 7 septembre dernier, après une attaque de la police contre les piquets de grève, et à attendre le soutien d’autres dockers. Le lendemain, les ports de toute la région étaient paralysés, et les membres de l’ILWU convergeaient sur Longview et donnaient à EGT, à ses sbires et aux flics briseurs de grèves un avant-goût de ce qu’est réellement la puissance du mouvement syndical. Pendant que les médias hostiles à la classe ouvrière criaient partout que des milliers de tonnes de céréales avaient été jetées sur les voies, EGT, avec le soutien du Conseil national du travail [l’inspection du travail] d’Obama, a porté l’affaire devant les tribunaux qui ont condamné le syndicat à payer plus de 300 000 dollars d’amendes.
La direction de l’ILWU international a reculé et s’est contentée de porter plainte devant les tribunaux capitalistes et de faire campagne pour un référendum pour obtenir la révocation du shérif du comté de Cowlitz. Plusieurs trains chargés de céréales entrèrent sans encombre dans le terminal où ils furent déchargés par des jaunes de la section locale 701 des Operating Engineers. Fin 2011, EGT avait commencé à organiser le chargement des céréales avec le soutien de l’appareil de « sécurité intérieure » de l’administration Obama. Le syndicat faisait maintenant face à la flottille de bateaux et d’hélicoptères armés des gardes-côtes qui avait été mobilisée pour escorter le premier bateau qui remonterait le fleuve Columbia vers le terminal EGT. Invoquant de précédentes actions « violentes » de l’ILWU, les gardes-côtes imposèrent une « zone de sécurité » temporaire autour du terminal et de tout bateau en approche, et proclamèrent qu’ils étaient autorisés à prendre toute mesure nécessaire pour la faire respecter. Toute violation de cette zone pouvait être sanctionnée par des amendes d’un maximum de 250 000 dollars et jusqu’à six ans d’emprisonnement.
Le conseil syndical central des comtés de Cowlitz et de Wahkiakum publia un « Appel à l’action » appelant les travailleurs et leurs alliés à se mobiliser à Longview lorsque arriverait le premier bateau. McEllrath écrivit à toutes les sections locales du syndicat ILWU pour les inviter à se préparer à des actions de protestation. Le mouvement populiste « Occupy » organisa des caravanes qui devaient converger vers l’Etat de Washington en longeant la côte Ouest des Etats-Unis. Aux quatre coins du pays, des syndicats et des conseils syndicaux particuliers votèrent des résolutions et envoyèrent des lettres de protestation contre le déploiement de l’armée américaine pour attaquer l’ILWU.
Une confrontation entre les forces militaires déployées par l’administration Obama et des syndicalistes et des activistes du mouvement Occupy aurait eu un impact négatif sur les perspectives politiques des démocrates pendant la campagne des élections présidentielles de 2012. Alors que se répandait la nouvelle de l’arrivée imminente du premier bateau, le gouverneur démocrate de l’Etat de Washington joua le rôle d’intermédiaire pour négocier un projet d’accord entre l’ILWU et EGT.
Le « partenariat » entre le mouvement ouvrier et le capital est un mensonge !
Le président de l’ILWU international salue aujourd’hui « le partenariat entre l’ILWU et EGT » comme le début de « nombreuses années de fonctionnement sécurisé et productif du site, et de stabilité de l’industrie de l’exportation céréalière dans le nord de la côte Ouest ». Mais toute la bataille de Longview apporte en elle-même un démenti à la bureaucratie syndicale quand celle-ci cherche à promouvoir un soi-disant « partenariat » entre les dockers et les propriétaires d’EGT – un mensonge au cœur de l’offensive des patrons et de leur Etat qui, en l’absence de presque toute riposte, a considérablement affaibli les syndicats dans ce pays.
Le secteur céréalier américain est le plus important et le plus rentable du monde. C’est une industrie dont le chiffre d’affaire se compte en dizaines de milliards de dollars. Sa « stabilité » signifie la flambée des prix des produits alimentaires, la famine et la mort pour des millions de personnes sur cette planète. L’approvisionnement mondial en céréales est contrôlé par une poignée de géants agro-industriels, notamment Cargill et Archer-Daniels-Midland, qui ont tous deux leur siège aux Etats-Unis. Leurs profits dans ce pays proviennent d’une exploitation de plus en plus intense de la classe ouvrière, raison pour laquelle EGT a fait tout ce qu’il pouvait pour casser l’ILWU dans son terminal de Longview. Il n’a pas réussi à le faire. L’organisation syndicale sur toute la côte Ouest a été préservée ainsi que les emplois dans le port de Longview, où le syndicat est actif depuis 80 ans.
Dan Coffman, président de la section locale 21 de l’ILWU, a déclaré à Workers Vanguard que le syndicat avait obtenu gain de cause sur sa revendication que la société cotise à la mutuelle et à la caisse de retraite gérées conjointement par l’ILWU et l’association patronale PMA (Pacific Maritime Association). EGT sera également tenu de payer au tarif des heures supplémentaires tout travail au-delà de huit heures par jour. Néanmoins, le fait qu’EGT puisse obliger des membres de l’ILWU à faire des journées continues de 12 heures constitue une réelle menace pour la santé et la sécurité des travailleurs. (La convention collective signée par l’ILWU et la PMA autorise au maximum des journées continues de 10 heures, et ceci uniquement si le bateau doit appareiller immédiatement.) De plus, EGT paiera le travail de nuit au tarif de jour et non un tiers plus cher, ce qui était auparavant la norme.
Le syndicat a également réussi à imposer, contre la volonté d’EGT, que les techniciens de maintenance et les autres travailleurs à l’intérieur du terminal soient intégrés à l’ILWU. Ces travailleurs étaient auparavant sélectionnés séparément par EGT parmi les membres de la section 21 et embauchés en tant que salariés « permanents », en dehors du bureau d’embauche syndical de la section 21. Ils devaient ensuite décider s’ils voulaient ou non être représentés par l’ILWU. Le recours à des permanents, dont l’emploi est garanti par contrat avec une compagnie maritime ou un manutentionnaire particulier, est depuis longtemps autorisé par la convention collective entre l’ILWU et la PMA. Ceci constitue une entorse au système du bureau d’embauche syndical et de l’affectation à tour de rôle aux bateaux. Ces acquis de la grève historique de 1934, dans laquelle l’ILWU a été forgé, sont conçus pour répartir équitablement le travail disponible entre les membres de l’ILWU. Coffman nous a également expliqué que le syndicat avait perdu sur sa revendication de fournir les opérateurs de la salle de contrôle du terminal EGT, ce qui signifie que le terminal sera piloté par EGT.
Au moment où les syndicats, comme celui de la fonction publique du Wisconsin, se font laminer par les attaques des capitalistes, le fait que l’ILWU de Longview ait réussi à tenir bon face à EGT est un vrai succès. Mais la bataille est loin d’être terminée. L’ILWU est toujours sous le coup d’une amende de plus de 300 000 dollars dont il a fait appel devant les tribunaux fédéraux. Même si les tribunaux ont acquitté certains des ouvriers arrêtés, plusieurs membres de l’ILWU sont toujours inculpés, y compris au pénal. L’ILWU et ceux qui le soutiennent doivent se battre pour que toutes ces inculpations soient levées ! Et la prochaine bataille sera menée contre les autres sociétés céréalières le 1er octobre, quand l’accord sur la manutention des céréales qui les lie à l’ILWU sera renégocié.
Le terminal EGT de Longview, qui a coûté 200 millions de dollars, est le premier terminal céréalier à être construit aux Etats-Unis depuis 25 ans. Il est équipé pour traiter une moyenne de 3 000 tonnes par heure, très au-delà des 750 à 2 500 tonnes par heure des autres silos-élévateurs du Nord de la côte Ouest. EGT, qui prévoit de charger entre 150 et 200 bateaux par an à Longview, est un conglomérat multinational qui associe la société Bunge North America, dont le siège est à Saint Louis, le Japonais Itochu Corporation et STX Pan Ocean, un armateur sud-coréen. Cette entreprise espère ainsi tirer de juteux profits de l’augmentation annoncée des exportations américaines de maïs, de blé et de soja vers l’Asie. Face à une telle concurrence, les autres exportateurs de céréales chercheront à faire payer leurs pertes par les membres de l’ILWU.
La manutention des céréales par l’ILWU au Nord de la côte Ouest, pour l’essentiel du transport en vrac, est couverte par des conventions collectives différentes de celle entre l’ILWU et la PMA, laquelle est dominée par des armateurs de navires porte-conteneurs. La convention collective ILWU-PMA expirera en 2014. La PMA va suivre de très près les négociations dans le secteur céréalier ; elle cherchera à les utiliser à son avantage contre l’ILWU. Avec l’achèvement, la même année, des nouveaux travaux d’élargissement du canal de Panama, la PMA jouera sur la crainte que les armateurs envoient leurs porte-conteneurs directement vers la côte Est au lieu de les décharger sur la côte Ouest et d’expédier les conteneurs par chemin de fer à travers le continent. Le terminal de la compagnie APM à Hampton Roads en Virginie, ouvert en 2007, est hautement automatisé en comparaison avec les ports de la côte Ouest. C’est le troisième plus grand terminal à conteneurs des Etats-Unis. Les armateurs des deux côtes cherchent à dresser le syndicat ILA (International Longshoremen’s Association), qui organise les dockers de la côte Est et du golfe du Mexique et dont la principale convention collective expire le 30 septembre prochain, contre l’ILWU qui est relativement plus puissante, dans une course au nivellement par le bas avec comme enjeu les emplois.
L’ILWU et l’ILA sont tous les deux des bastions syndicaux de plus en plus isolés dans un océan de travailleurs non syndiqués avec des salaires bas dans la chaîne sans cesse plus développée du commerce mondial, que ce soit les camionneurs des ports, les travailleurs des entrepôts et des infrastructures ferroviaires intermodales ou les marins sur les cargos géants. L’érosion de la puissance des syndicats de dockers a aussi été amplifiée par la soumission de leurs directions à la compétitivité et aux intérêts nationaux des capitalistes qui dirigent l’Amérique. Ce qu’on a vu dans les piquets de grève de masse et les autres actions menées à Longview, c’est la puissance des travailleurs unis sur la base de leurs propres intérêts de classe dans la lutte contre les employeurs. Mais cette combativité initiale s’est heurtée de plein fouet à la collaboration de classes des dirigeants traîtres du syndicat.
Les lignes de front d’une bataille de classe internationale
La direction de l’ILWU a présenté la lutte contre EGT comme celle d’une petite communauté contre une multinationale « étrangère ». Il s’agissait au contraire d’une bataille de classe opposant les ouvriers aux propriétaires capitalistes d’EGT. Dans une bataille de ce genre, les propriétaires peuvent s’appuyer sur les forces de l’Etat capitaliste, qui est là précisément pour défendre leurs intérêts, depuis les flics « îlotiers » jusqu’aux forces du Département de la sécurité intérieure et l’armée, en passant par les shérifs. La puissance des travailleurs vient de leur organisation collective et de leur capacité d’arrêter la production et de bloquer le flot des profits. Pour utiliser cette force, les actions de solidarité entre différents syndicats et avec les travailleurs au niveau international sont cruciales. Et elles le sont d’autant plus avec les livraisons « juste à temps » et l’interconnexion croissante de la production mondiale. C’est précisément parce qu’elles sont particulièrement efficaces que des actions telles que le refus de charger ou décharger des cargaisons et les grèves de solidarité ont été déclarées illégales.
Comme dans n’importe quel conflit, la question de qui gagne et qui perd est décidée par la force relative des camps qui s’affrontent. La puissance du syndicat résidait dans sa capacité à bloquer l’entrée ou la sortie des céréales au terminal EGT. En pleine saison de récolte céréalière, à la fin de l’été et au début de l’automne, EGT était particulièrement vulnérable. L’ILWU avait un besoin urgent du soutien de la puissance et de la solidarité d’autres syndicats, et tout particulièrement ceux de la chaîne du transport des cargaisons céréalières d’EGT.
Tout au début, le syndicat et ses alliés ont mobilisé des piquets de masse qui ont bloqué les trains qui transportaient des céréales. Ces trains étaient conduits par des membres du syndicat des conducteurs de locomotive BLE (Brotherhood of Locomotive Engineers), affilié à la confédération des Teamsters. Lorsque l’ILWU dut céder du terrain face à une répression policière massive, les trains recommencèrent à rouler. Jimmy Hoffa Jr., président des Teamsters, envoya alors une lettre où il s’engageait à soutenir l’ILWU dans la lutte contre EGT. Mais la solidarité la plus élémentaire aurait voulu que le BLE bloque les trains. Cela aurait été un défi à la loi Taft-Hartley et aux nombreuses autres lois qui interdisent de telles actions. C’est en défiant les lois antisyndicales et en luttant contre les flics et autres briseurs de grève que les travailleurs ont construit les syndicats dans ce pays. Et inversement, les syndicats ont été décimés quand ils ont sacrifié les armes de la lutte syndicale sur l’autel de la légalité capitaliste.
La section locale 701 des Operating Engineers, celle-là même qui a fourni ses jaunes à EGT, a reçu le soutien de Richard Trumka, président de la confédération syndicale AFL-CIO. Trumka a déclaré qu’il s’agissait là simplement d’un conflit de « juridiction » entre deux syndicats, conflit qui devait être résolu dans les bureaux des traîtres syndicaux au niveau national ! Comme nous l’écrivions dans notre article « L’ILWU se bat contre une menace mortelle » (Workers Vanguard n° 986, 16 septembre 2011) : « Le seul conflit de “juridiction” à Longview est entre le capital et le travail ! Et Trumka a choisi le camp des patrons. » C’était là une trahison pour le compte du Parti démocrate, qui est tout autant que le Parti républicain un parti des patrons, mais un parti auquel les bureaucrates syndicaux font allégeance en présentant les démocrates comme les « amis du mouvement syndical ». Trumka ne voulait pas qu’une bataille de classe de grande ampleur à Longview vienne menacer les chances de réélection d’Obama. Et en fin de compte les dirigeants de l’ILWU ne le voulaient pas non plus.
Le syndicat était dans une position difficile. Il n’est pas facile de l’emporter quand on est confronté à toute la puissance de l’Etat capitaliste. Mais la capacité de lutte du syndicat a été sapée par le soutien de sa direction aux mêmes forces de « sécurité nationale » auxquelles l’ILWU était confronté. En 2002, la direction internationale de l’ILWU avait collaboré à la rédaction de la « Loi sur la sécurité du transport maritime », qui visait à mettre au pas les docks dans le cadre de la « guerre contre le terrorisme » du gouvernement. Les dirigeants de l’ILWU avaient accepté la mise en place du TWIC, un système d’accréditation des employés des transports, auquel ils n’ont objecté qu’après sa mise en place. A cette occasion, ils avaient de façon scandaleuse montré du doigt en les présentant comme une « menace pour la sécurité nationale » les conducteurs de camion en majorité immigrés et non syndiqués dans les ports. Victimes de contrôles sur leur casier judiciaire et leur titre de séjour, des dizaines de milliers de travailleurs des ports se sont vu refuser cette accréditation « de sécurité ». De nombreux conducteurs de camion immigrés avaient préféré ne pas faire la demande, de peur d’être expulsés.
Parmi les délits susceptibles de motiver une interdiction d’accès aux docks sous le régime du TWIC figure l’implication dans un « incident lié à la sécurité des transports », y compris « s’être livré à une perturbation du système de transport ou à une perturbation économique dans une zone spécifique ». Des responsables des gardes-côtes se sont rendus dans les bureaux de la section 21 de l’ILWU pour menacer de retirer leur carte TWIC à des membres de l’ILWU si des actions de protestation perturbaient le chargement du cargo céréalier.
Face à la puissance militaire de « son » gouvernement, il était absolument nécessaire que l’ILWU en appelle à la solidarité de la classe ouvrière internationale. A l’automne dernier, plusieurs actions de protestation de faible ampleur avaient été organisées au Japon, en Corée et en Australie contre les attaques antisyndicales d’EGT. Il fallait que ces protestations soient suivies d’actions, et pour cela appeler les dockers, en Corée et dans toute l’Asie, à refuser de décharger les céréales mises à bord par les briseurs de grève et expédiées depuis le terminal EGT de Longview. Mais l’ILWU n’était pas le mieux placé pour faire cela, étant donné que ses dirigeants se vantaient bruyamment de défendre les exportateurs américains de céréales contre une multinationale « étrangère ». Les exportations de céréales et autres produits alimentaires sont utilisées comme arme par l’impérialisme US contre les ouvriers et opprimés du monde entier et pour maintenir les pays moins développés sous la botte de la « seule superpuissance mondiale ».
La nature même du travail des dockers, qui est dépendant du commerce mondial, illustre le fait que la lutte des travailleurs est internationale. Les dockers et autres travailleurs de la chaîne mondiale du fret ont une immense puissance sociale potentielle. C’est ce qu’explique très bien un article de JoAnn Wypijewski intitulé « Sur la ligne de front de la lutte de classe mondiale – la chaîne du fret » (CounterPunch, 1er mars 2010) :
« Aussi importante que soit la productivité pour la prospérité de l’industrie du transport maritime, il ne sert à rien d’aller vite dans les ports automatisés s’il y a des ruptures à un point quelconque de la chaîne entre l’usine et le consommateur […]. Aux Etats-Unis, cela implique l’acquiescement sans heurt non seulement des 60 000 dockers, mais aussi celle des 28 000 pilotes de remorqueurs et pilotes de port, des 60 000 conducteurs de camion dans les ports, des 850 000 conducteurs de camion de marchandises, des 165 000 cheminots, des 2 millions de travailleurs des entrepôts et de la distribution, des 370 000 livreurs de colis express, et des 160 000 planificateurs logistiques – et des groupements de travailleurs semblablement interconnectés partout dans le monde. Ils ne sont pas tous syndiqués, mais toutefois il ne serait pas nécessaire qu’ils disent tous non : juste un nombre suffisant d’entre eux, agissant de concert à des points vitaux de la chaîne. »
Mais grâce aux trahisons des dirigeants syndicaux, il n’y a pas eu de telles ruptures dans la chaîne du fret qui amenait les céréales dans le terminal EGT et les en faisait sortir. Il y a eu une exception notable et honorable, pour ce qui est du départ des bateaux chargés de céréales : l’Inland Boatmen’s Union, le syndicat des mariniers (qui fait partie de l’ILWU), a refusé de conduire les remorqueurs pour faire rentrer et sortir les bateaux. L’ILWU avait le dos au mur face aux forces militaires des Etats-Unis, mais le patriotisme de sa direction qui proclame « l’Amérique d’abord » sape sa capacité à en appeler à la solidarité internationale.
Les syndicalistes et leurs alliés qui se sont battus si courageusement doivent en tirer les leçons pour préparer les batailles futures. Pour que les syndicats soient des instruments de lutte contre les patrons, ils doivent rompre les chaînes forgées par les dirigeants traîtres qui lient les travailleurs aux intérêts des exploiteurs capitalistes et de leurs partis politiques. Pour que l’ILWU continue à exister comme syndicat industriel puissant, il est absolument nécessaire de mener une bataille lutte de classe pour syndiquer les très nombreux travailleurs non syndiqués comme les conducteurs de camion dans les ports, ce qui nécessite de combattre le chauvinisme anti-immigrés et de syndiquer ces travailleurs en leur faisant bénéficier des mêmes salaires, avantages sociaux et conditions de travail que les autres membres de l’ILWU. Des centaines de conducteurs de camion du port de Seattle sont en grève depuis deux semaines contre leurs conditions de travail insupportables et pour réclamer le droit à se syndiquer.
Il faut chasser les bureaucrates à la bannière étoilée, ce qui passe par un combat pour une direction lutte de classe, une direction dont la bannière sera le drapeau rouge de l’internationalisme ouvrier ! Une telle direction armera les ouvriers pour mener des batailles sans merci contre les exploiteurs capitalistes, et c’est sur cette base que l’on pourra forger un parti ouvrier multiracial, un parti qui luttera pour une révolution socialiste, afin d’en finir une bonne fois pour toutes avec tout le système de l’esclavage salarié, de l’oppression raciste, de la misère et de la guerre impérialiste.
Où le mouvement populiste Occupy remplace la lutte de classe
Cela en dit long sur les trahisons des dirigeants syndicaux que le mouvement populiste Occupy soit devenu le véhicule central de toutes les protestations contre les ravages de la catastrophe économique créée par les magnats de la finance de Wall Street. L’écrasante majorité des gens autour d’Occupy adhèrent au mythe d’un « bon vieux temps » du capitalisme américain où le gouvernement était censé représenter la « volonté du peuple ». Et pourtant, une grande partie de la gauche « socialiste » dans ce pays salue de façon opportuniste Occupy comme étant la clé de la revitalisation du mouvement ouvrier. Bien au contraire, son populisme à « 99 % » – qui s’étend aux flics, ces briseurs de grève racistes – dissout toute notion de la ligne de classe fondamentale qui sépare les ouvriers et leurs exploiteurs capitalistes.
Dans la région de San Francisco, des charlatans syndicaux adeptes du verbiage de gauche comme Jack Heyman, un bureaucrate de l’ILWU à la retraite, et Clarence Thomas, un ancien membre du comité exécutif de la section locale 10, ont vanté les mérites des « piquets communautaires » du mouvement Occupy qui ont bloqué le port d’Oakland le 2 novembre et à nouveau le 12 décembre. Pendant les jours qui précédaient les blocages d’Occupy du 12 décembre, au cours desquels les ports de Longview et de Portland ont également été paralysés en solidarité déclarée avec le combat de l’ILWU à Longview, Heyman expliquait que « si Occupy réussit aujourd’hui, cela donnera très probablement l’impulsion pour un blocage de tous les ports de la côte Ouest par les dockers lorsque le bateau briseur de grève arrivera ». Mais loin de construire une quelconque « dynamique », le blocage a réduit les travailleurs à jouer au mieux le rôle d’observateurs passifs, attendant sur le bord de la route qu’un médiateur se prononce sur le fait que traverser ces piquets serait ou non dangereux pour leur santé et leur sécurité.
Selon la description enthousiaste qu’en a faite Socialist Worker, le journal de l’International Socialist Organization (13 décembre 2011), il y eut beaucoup d’applaudissements à Oakland le 12 décembre lorsqu’on annonça que le médiateur avait rendu sa décision et que « les travailleurs étaient rentrés chez eux ». Quelle farce ! Les travailleurs n’étaient guère que des pions dans un théâtre d’ombres médiatique et juridique. Ce n’est pas nouveau pour Heyman et Thomas, qui ont bâti leur réputation « militante » dans le milieu de la gauche radicale de San Francisco avec ce genre de piquets communautaires.
Ce genre de piquets peut, de manière épisodique, être une tactique efficace en tant qu’action symbolique qui souligne la nécessité pour les travailleurs de manifester leur solidarité avec leurs frères et sœurs de classe en lutte. Mais ces actions ne contribuent guère à élever chez les travailleurs le niveau de conscience de leur puissance sociale et de leurs intérêts de classe. Alors qu’ils sont présentés comme autant de preuves de la combativité de l’ILWU, ces piquets qui rassemblent des militants de gauche, des libéraux et d’autres forces ont pour base la même acceptation des lois antisyndicales derrière laquelle l’ILWU et les autres dirigeants syndicaux cachent leur trahison des actions ouvrières combatives. On pouvait le voir dans une déclaration intitulée « Occupez les ports » publiée pour mobiliser en vue des blocages du 12 décembre, et qui expliquait que « les syndicats ouvriers sont contraints par une législation fédérale réactionnaire et antisyndicale […] à ne pas mener d’actions syndicales de solidarité ».
Les piquets de grève ne sont pas des spectacles de relations publiques organisés au profit des travailleurs. Ils ne sont pas non plus des actions de désobéissance civile de masse menées par les petits-bourgeois et autres éléments déclassés d’Occupy qui n’ont aucun rapport avec la production ni aucune puissance en rapport avec la production. Ce sont des lignes de bataille entre les travailleurs et les capitalistes qui tirent leurs profits de l’exploitation du travail. Leur succès repose sur la conscience et l’organisation des travailleurs mobilisés en tant que classe contre leur ennemi de classe.
La section locale de Longview de l’ILWU a sans nul doute apprécié l’écho que les actions de protestation d’Occupy ont donné à son combat contre les casseurs de syndicats d’EGT. Et qui l’en blâmerait ? Quand la direction de l’ILWU international a reculé, les travailleurs de Longview ont pris tous les coups tandis qu’EGT triomphait, que son terminal se remplissait de céréales et que les forces du gouvernement fédéral d’Obama étaient derrière lui pour les expédier. La solidarité des activistes d’Occupy avec les travailleurs est certainement la bienvenue. Mais les blocages d’Occupy ne pouvaient pas remplacer une mobilisation de la puissance de classe des travailleurs en lutte. Quelles qu’aient été les intentions des manifestants, leurs piquets auraient facilement pu se terminer par une confrontation entre d’un côté les manifestants et de l’autre les travailleurs et leur syndicat. C’est là précisément le programme de l’aile la plus « radicale » d’Occupy, incarnée par les anarchistes du collectif Black Orchid [orchidée noire] de Seattle, qui oppose ouvertement aux syndicats les forces largement petites-bourgeoises d’Occupy, présentées comme un « nouveau mouvement de la classe ouvrière ».
De toute évidence cela ne pose aucun problème à Jack Heyman. Il était un des principaux orateurs dans un meeting d’Occupy à Seattle organisé afin de mobiliser pour une caravane vers Longview au moment de l’arrivée du premier bateau au terminal EGT, et il a alors applaudi « notre sœur Barucha » qui « pense que les syndicats sont des institutions capitalistes », avant d’expliquer que c’est « ce qui est formidable avec ce mouvement Occupy […]. Nous avons des tendances différentes à l’intérieur et nous pouvons soulever nos divergences et nous retrouver quand même ensemble pour un seul but, qui est de remporter la victoire pour les dockers de Longview. » C’est un peu difficile pour des travailleurs qui luttent pour préserver leur syndicat de remporter la victoire avec des gens qui pensent que les syndicats sont des institutions capitalistes ! Mais cela fait tellement longtemps que Heyman se fait passer pour un syndicaliste « militant » auprès des libéraux de gauche qu’il ne peut même pas reconnaître la ligne de classe.
Comme l’ensemble de la bureaucratie syndicale aux Etats-Unis, la direction de l’ILWU international a embrassé le populisme à « 99 % » d’Occupy, sans doute dans l’espoir que cela accroîtrait les chances de réélection d’Obama. Mais les dirigeants du syndicat des dockers étaient hostiles au blocage des ports du 12 décembre. Dans sa lettre du 3 janvier aux sections locales de l’ILWU sur la façon de protester à l’arrivée du premier bateau, McEllrath conseillait aux dockers d’approcher les organisateurs des caravanes d’Occupy vers Longview avec « une extrême prudence ». Plusieurs bureaucrates locaux et membres de l’ILWU du Nord de la côte Ouest ont assisté à la réunion d’Occupy du 6 janvier à Seattle et ont exigé que cette lettre soit lue. Après avoir dû attendre pendant près de deux heures, ils se sont levés pour protester et une bousculade s’en est suivie. En repoussant la demande formulée par les responsables régionaux du syndicat qui subissait les attaques des patrons, les organisateurs de l’événement avaient ouvert la porte à une confrontation de ce genre.
En fait, il semble que ceci ait eu le don de réjouir le collectif Black Orchid. Dans une déclaration publiée après l’événement et intitulée « Unité contre gros bras syndicaux », ils ont condamné les responsables de l’ILWU pour avoir « essayé de nous empêcher de transcender leurs structures agonisantes ». Après cette confrontation, la section locale de l’ILWU à Seattle a voté une motion qui interdisait à ses membres « tout soutien formel ou informel à “Occupy” », ouvrant ainsi la porte à une chasse aux sorcières contre les membres de l’ILWU qui ont travaillé avec Occupy. Une chasse aux sorcières de ce genre pourrait bien se préparer ; elle doit être rejetée par l’ILWU.
L’Internationalist Group (IG), qui a pris fait et cause pour Heyman, nous a écrit pour nous demander « quelle est la position des spartacistes sur cet incident ? » Dans la réponse écrite que nous avons envoyée à l’IG , nous avons été on ne peut plus clairs : « Nous sommes du côté de la défense du syndicat contre l’offensive de cassage antisyndical d’EGT, soutenue par l’armée et les autres forces policières du gouvernement fédéral, et pas avec ceux qui, dans le mouvement Occupy, partagent la position que les syndicats doivent être éliminés. »
L’IG qualifie la politique d’Occupy de « populisme bourgeois » tout en lui reprochant simultanément d’essayer de contourner la bureaucratie syndicale « quand ce qu’il faut c’est mener bataille pour défaire et chasser ces “lieutenants ouvriers de la classe capitaliste” ». Mais Occupy ne fait pas partie du mouvement ouvrier, qui est l’endroit où cette bataille doit être menée. Notre lutte contre les bureaucrates syndicaux est une lutte politique ; nous sommes opposés à ce qu’ils subordonnent les syndicats aux intérêts et aux profits de la classe dirigeante capitaliste américaine. La politique populiste d’Occupy est au fond le reflet de celle des dirigeants syndicaux traîtres. Ceux qui, comme Heyman, l’IG et autres, encensent le mouvement Occupy en guise de substitut aux syndicats ont récolté les fruits de leur propre opportunisme grotesque au meeting de Seattle.
Le pouvoir aux travailleurs !
Occupy n’est pas, et ne peut être, l’instrument pour régénérer le mouvement syndical américain. Ceci est la tâche des travailleurs eux-mêmes. La question n’est pas simplement la préservation des syndicats existants, dont beaucoup ne sont plus que l’ombre de ce qu’ils étaient auparavant, mais la lutte pour les transformer en bataillons ouvriers de la lutte de classe. Avec sa majorité de membres noirs, la section locale 10 de l’ILWU dans la région de San Francisco établit un pont au-dessus d’une ligne de fracture fondamentale de la société américaine et donne au syndicat la capacité de lier sa puissance sociale à la colère des masses des centres-villes, dont l’existence est considérée sans aucune valeur par les capitalistes américains. Il en va de même pour les membres latino-américains de la section locale de l’ILWU à Los Angeles/Long Beach, qui constituent un lien vital avec l’importante population immigrée latino-américaine de Los Angeles. Ceci peut être un facteur décisif pour organiser les conducteurs de camion dans les ports, qui sont majoritairement immigrés et non syndiqués, et qui ont un rôle crucial à jouer quand il s’agit de bloquer les ports.
Pour pouvoir mener ces batailles, le syndicat doit inscrire sur sa bannière le combat pour les pleins droits de citoyenneté pour tous les immigrés et lutter pour la cause de la libération des Noirs. Mais le syndicat lui-même est miné par les mêmes lignes de fracture ethniques et raciales sur lesquelles les patrons du transport maritime jouent pour diviser et affaiblir l’ILWU, en dressant les uns contre les autres les travailleurs de l’ILWU du Nord de la côte Ouest, majoritairement blancs, les syndiqués noirs de la baie de San Francisco et les syndiqués latino-américains de Los Angeles. En 1934, c’était une grève de toute la côte qui a jeté les bases de la fondation de l’ILWU ; elle unissait les dockers, les marins et les autres travailleurs du transport maritime. A San Francisco, où la lutte des dockers avait été le déclencheur d’une grève générale, la direction du syndicat en avait consciemment appelé à la population noire opprimée et s’était battue contre les tentatives des patrons d’utiliser les divisions raciales et ethniques pour casser la lutte des travailleurs.
La grève générale de San Francisco ne fut pas l’unique grande bataille de classe de 1934. Il y eut aussi la grève de masse qui prit naissance chez les ouvriers des usines de pièces détachées de l’automobile à Toledo, et les grèves des camionneurs de Minneapolis à l’issue desquelles fut forgé le puissant syndicat industriel des Teamsters. Ces grèves furent toutes dirigées par des rouges. Comme l’écrivait James P. Cannon, le fondateur du trotskysme américain, dont les partisans avaient dirigé les grèves de Minneapolis, dans un article sur la grève des transports maritimes de la côte Ouest de 1936 (reproduit dans Notebook of an Agitator [Carnet d’un agitateur], 1958), la signature d’une convention collective « n’est qu’une trêve temporaire, et la nature de ce genre d’accord se décide par le rapport de forces : la “justice” n’a rien à voir là-dedans. Les ouvriers n’auront la justice que quand ils prendront le contrôle du monde […]. Les patrons sont puissants tout d’abord parce qu’ils possèdent les bateaux et les docks, et que les ouvriers n’ont pas encore contesté leur frauduleuse prétention à cette possession. Et parce qu’ils possèdent les bateaux, les patrons possèdent le gouvernement. »
La lutte des travailleurs contre une exploitation de plus en plus brutale ne prendra pas fin tant qu’ils ne se seront pas débarrassés d’un système basé sur la production pour le profit et qu’ils n’auront pas instauré un gouvernement ouvrier qui arrachera les moyens de production des mains des propriétaires capitalistes rapaces pour en faire la propriété collective de la société. Alors, les progrès dans l’automatisation et les autres technologies, qui sont aujourd’hui utilisés comme arme contre l’emploi et le niveau de vie des travailleurs, seront utilisés pour réduire leur charge de travail et conduiront à de formidables améliorations des conditions de vie de la population dans son ensemble.
La voie pour aller de l’avant passe par la lutte pour forger une nouvelle direction lutte de classe des syndicats, qui mènera les batailles à l’issue desquelles un parti ouvrier révolutionnaire pourra être construit. Le but de la Spartacist League est de forger le noyau d’un tel parti, en tant que section américaine d’une organisation internationale révolutionnaire de la classe ouvrière. Comme l’écrivaient Karl Marx et Friedrich Engels il y a plus de 150 ans dans le Manifeste du Parti communiste : « Les prolétaires n’ont rien à y perdre que leurs chaînes. Ils ont un monde à gagner. Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »
– Traduit de Workers Vanguard n° 996, 17 février
Protestez contre l'acharnement répressif de l'Etat contre l'ILWU de Longview et ses alliés !
Pour se battre contre l’EGT, les membres de l’ILWU et leurs alliés ont eu recours à des méthodes combatives de lutte de classe qu’on n’avait pas vues depuis des années aux Etats-Unis. En représailles, les dirigeants et les militants de l’ILWU sont victimes d’une campagne de surveillance et de violences policières. Il y a eu plus de 200 arrestations, dont certaines ont été accompagnées de poursuites judiciaires. Beaucoup de ces travailleurs traînés devant les tribunaux sont poussés à plaider coupable de délits pour éviter des poursuites criminelles.
Même si un accord a été maintenant conclu entre l’ILWU et l’EGT, Susan Baur, la procureure du comté de Cowlitz, continue d’intensifier la vendetta contre l’ILWU, main dans la main avec le département du shérif du comté et la police locale. De nouvelles accusations, parfois de crimes, sont concoctées des mois après les faits. Ces poursuites revanchardes visent l’ensemble du mouvement ouvrier dans le but d’intimider les militants syndicaux qui trouvent une inspiration dans la force qu’ont mobilisée les partisans de l’ILWU pour lutter contre les attaques anti-syndicales de l’EGT à Longview.
Ces dockers et ceux qui les soutiennent se sont battus avec courage et détermination. Maintenant nous devons lutter pour eux ! Le Partisan Defense Committee, une organisation de défense légale et sociale non sectaire associée à nos camarades américains de la SL/U.S. et se basant sur la lutte de classe, a envoyé une lettre de protestation au procureur du comté de Cowlitz exigeant l’arrêt immédiat des poursuites. La Fédération nationale des ports et docks CGT a fait de même en France. Nous appelons les syndicats et tous ceux qui s’opposent à la guerre des patrons contre les syndicats à se joindre à cette initiative.
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/200/longview.html
submitted by ShaunaDorothy to FranceLeBolchevik [link] [comments]

La bureaucratie chinoise encourage un nationalisme réactionnaire - Le nouvel élan de l’impérialisme japonais provoque des manifestations en Chine (2005)

https://archive.is/KEciM
Le Bolchévik nº 172 juin 2005
La bureaucratie chinoise encourage un nationalisme réactionnaire
Le nouvel élan de l’impérialisme japonais provoque des manifestations en Chine
A bas l’alliance contre-révolutionnaire USA/Japon ! Pour la défense militaire inconditionnelle de l’Etat ouvrier déformé chinois !
La campagne du référendum a été marquée par une débauche de propagande protectionniste anti-chinoise à propos des importations de textiles. Les industriels français du textile, représentés au MEDEF par Sarkozy frère, qui ont licencié en France des centaines de milliers de travailleurs depuis vingt ans, hurlent maintenant parce qu’ils ont délocalisé leurs usines en Europe de l’Est et au Maghreb au lieu de la Chine, et de ce fait ont pris du retard par rapport à leurs rivaux qui ont su investir en Chine. Cette campagne n’a rien à voir avec la défense des travailleurs en France.
Le gouvernement, en campagne pour le « oui », avait cru bon d’utiliser l’affaire du textile chinois pour présenter l’Union européenne comme un rempart protégeant les travailleurs d’Europe contre la « mondialisation ». Les tenants du « non de gauche », comme d’ailleurs du non d’extrême droite, n’avaient pas grand-chose à y rétorquer puisque tout l’axe de leur campagne contre la « Constitution » était de lutter contre la « concurrence libre et non faussée » inscrite dans le traité constitutionnel.
Une jeune étudiante chinoise, Li li Whuang, est en prison depuis le 29 avril, accusée dans une soi-disant affaire d’espionnage contre l’équipementier automobile Valeo. Le mouvement ouvrier devrait s’opposer à cette chasse aux sorcières : c’est le genre de campagne raciste qui prépare des pogromes ici contre les travailleurs d’origine chinoise, qui par dizaines de milliers sont sans papiers, férocement exploités dans des ateliers de confection. Apparemment le dossier contre Li li Whuang est vide, mais de toutes façons pour nous trotskystes l’espionnage pour le compte d’un Etat ouvrier déformé n’est pas un crime contre la classe ouvrière internationale. Nous exigeons la libération immédiate de Li li Whuang !
26 avril – Depuis un mois, des dizaines de milliers de manifestants anti-japonais sont descendus dans les rues de plusieurs villes chinoises, aux quatre coins du pays. Ces manifestations ont été provoquées par l’approbation à Tokyo de nouveaux manuels d’histoire destinés aux collèges, qui escamotent les atrocités perpétrées dans le passé par l’impérialisme japonais. Le « viol de Nankin » en 1937, quand 300 000 Chinois ont été massacrés par la soldatesque japonaise, est désormais présenté comme « un incident ». L’asservissement de plus de 200 000 « femmes de réconfort » coréennes et chinoises, contraintes de servir d’esclaves sexuelles dans les bordels de l’armée japonaise pendant la Deuxième Guerre mondiale, a été effacé de l’histoire.
La réécriture de l’histoire dans les manuels japonais est une provocation non seulement contre l’Etat ouvrier déformé chinois, mais aussi contre les travailleurs de l’Asie entière – et de fait, elle a provoqué des manifestations en Corée du Sud. C’est la dernière en date d’une série de provocations de l’impérialisme japonais contre la Chine, après la récente déclaration proclamant l’intention du Japon d’effectuer des forages pétroliers et gaziers autour des îles Diaoyutai revendiquées par la Chine. La plus significative a été la publication en février dernier d’une déclaration politique commune des Etats-Unis et du Japon affirmant que Taïwan est « une préoccupation de sécurité commune ». La plupart des manifestations chinoises, qui pour l’instant se sont pour l’essentiel arrêtées, ont été tacitement organisées ou approuvées par le gouvernement en réponse aux provocations du Japon. La bureaucratie a autorisé la poursuite des manifestations – tout en s’employant anxieusement à en garder le contrôle – pour détourner l’attention de l’agitation sociale grandissante qui ronge le tissu même de la société chinoise. Comme l’expliquait un manifestant de Shanghaï : « Les gens participent à cette manifestation parce qu’on ne les autorise pas à protester contre quoi que ce soit d’autre » (New York Times, 17 avril).
Mais ces manifestations, qui ont duré plus longtemps que toutes les autres grandes manifestations publiques en Chine depuis la révolte de Tiananmen en 1989, encouragent une réponse nationaliste aux provocations du Japon – c’est-à-dire dirigée non pas contre la classe dirigeante capitaliste du Japon, mais contre la population japonaise tout entière, les travailleurs comme leurs oppresseurs capitalistes. « Cochons japonais, dehors ! », criaient les manifestants chinois qui saccageaient des magasins japonais. Une expression de ce nationalisme a été l’appel à boycotter les entreprises et les produits japonais.
Le poison nationaliste encouragé par la bureaucratie stalinienne chinoise représente un grave danger pour les acquis de la Révolution chinoise de 1949 elle-même. Opposée qu’elle est à l’unité de classe entre les prolétariats chinois et japonais, la bureaucratie veut réaliser l’unité de tout le peuple chinois, y compris les capitalistes chinois de Taïwan et de Hongkong, contre tout le peuple japonais. Ceci a été clairement exprimé dans une récente manifestation à Hongkong, où les manifestants anti-japonais portaient le drapeau taïwanais du Guomindang, qui représente les capitalistes et les propriétaires fonciers ayant fuit la révolution. Pour la première fois depuis la guerre civile, le gouvernement chinois a récemment reçu une délégation du Guomindang venue de Taïwan ; en affichant ainsi leur attachement à l’« unité » chinoise contre le Parti progressiste démocratique taïwanais favorable à l’indépendance de l’île, les staliniens chinois montrent à quel point le nationalisme et la collaboration de classes sont profondément ancrés chez eux.
Les acquis de la Révolution chinoise – avant tout l’économie nationalisée et collectivisée – représentent une avancée historique non seulement pour les ouvriers et les paysans chinois, mais aussi pour le prolétariat du monde entier. L’expropriation des capitalistes et la mise en place d’une économie socialisée ont représenté une immense avancée par rapport à l’asservissement impérialiste et à l’effroyable oppression que subissaient jadis les masses chinoises, et ont jeté la base d’un bond formidable dans le développement économique. Et avec l’extension internationaliste de la révolution, elles pourraient jeter la base de la construction, dans l’avenir, d’une société socialiste.
Mais la Chine, depuis le début, est un Etat ouvrier déformé, dans lequel une caste conservatrice de bureaucrates, qui gouverne dans son propre intérêt étroit, bloque le développement vers une société socialiste sans classes. Depuis Mao Zedong (et y compris sous son règne), ces dirigeants bureaucrates ont colporté le dogme stalinien nationaliste de la construction du « socialisme dans un seul pays ». Répudiant en tous points le marxisme, les staliniens ont prêché tout au long de leur histoire la conception inepte que le socialisme pouvait être construit dans un seul pays – fût-il aussi arriéré matériellement que la Chine – si seulement une intervention militaire impérialiste pouvait être évitée.
Un des aspects des manifestations récentes en Chine a été l’opposition aux tentatives du Japon d’obtenir un siège de membre permanent au Conseil de sécurité des Nations Unies. Pour le gouvernement chinois, cette question fait partie de ses manœuvres, dans le cadre de la « coexistence pacifique » avec l’impérialisme mondial, entre les puissances impérialistes prétendument « progressistes » ou « réactionnaires ». Par exemple, la Chine soutient les efforts de l’Allemagne pour obtenir un siège de membre permanent. La vérité est que l’ONU n’est pas autre chose qu’un nid de brigands impérialistes et de leurs victimes. Depuis la guerre de Corée jusqu’aux sanctions contre l’Irak qui ont tué plus d’un million et demi de personnes, l’ONU a montré qu’elle était une ennemie des travailleurs et des opprimés du monde entier.
L’internationalisme prolétarien révolutionnaire, et non la collaboration de classes nationaliste, est essentiel pour faire avancer les intérêts des travailleurs chinois en défendant les acquis de la Révolution chinoise, et ceux des travailleurs japonais dans leur lutte contre un impérialisme japonais revanchard. Le 13 mars dernier, dans un communiqué commun des sections japonaise et américaine de la Ligue communiste internationale contre l’accord contre-révolutionnaire entre les Etats-Unis et le Japon sur Taïwan (Workers Vanguard n° 844, 18 mars), nous écrivions :
« La Spartacist League/U.S. et le Groupe spartaciste Japon […] se prononcent pour la défense militaire inconditionnelle de la Chine et de la Corée du Nord – comme nous le faisons pour les derniers autres Etats ouvriers déformés, le Vietnam et Cuba – contre les agressions impérialistes et la contre-révolution capitaliste intérieure […].
« Depuis la Révolution chinoise de 1949, d’où l’Etat ouvrier déformé chinois a émergé, Taïwan est pour l’impérialisme US un avant-poste de ses menées contre-révolutionnaires, de ses menaces militaires et de ses ingérences dans les affaires intérieures chinoises par l’entremise de la bourgeoisie chinoise fantoche. Depuis des temps immémoriaux, Taïwan fait partie de la Chine, et nous, trotskystes, serons aux côtés de la Chine dans l’éventualité d’un conflit militaire avec l’impérialisme sur la question de Taïwan […].
« Nous sommes opposés au plan des staliniens de réunification avec Taïwan, selon la formule “un pays, deux systèmes”. Nous avançons au contraire un programme pour la réunification révolutionnaire de la Chine, qui requiert une révolution politique ouvrière contre la bureaucratie stalinienne sur le continent, une révolution socialiste prolétarienne à Taïwan pour renverser et exproprier la bourgeoisie, et l’expropriation des capitalistes de Hongkong. »
Pour l’internationalisme révolutionnaire !
Le dogme du « socialisme dans un seul pays » signifie l’opposition à la perspective de la révolution ouvrière au niveau international, et la conciliation de l’impérialisme mondial. Les manifestations récentes, par exemple, étaient exclusivement dirigées contre le Japon, exonérant ainsi les crimes de l’impérialisme US. (Apparemment, Pékin considère que dans l’alliance militaire entre les Etats-Unis et le Japon, Tokyo est la cible la plus facile.) Ceci reflète et alimente l’illusion répandue en Chine que les Etats-Unis sont une puissance impérialiste plus inoffensive. Ce sont pourtant les Etats-Unis qui en 1945 sont devenus le seul pays à jamais avoir utilisé des armes nucléaires, provoquant ainsi la mort de plusieurs centaines de milliers de civils japonais à Hiroshima et Nagasaki. Ces bombardements étaient un avertissement à l’Etat ouvrier dégénéré soviétique. Pendant la guerre de Corée, au début des années 1950, l’impérialisme US a été responsable de la mort d’environ trois millions de Coréens. Les sacrifices héroïques consentis par la Chine ont défendu l’Etat ouvrier déformé nord-coréen et ont empêché les forces américaines – qui combattaient sous le drapeau des Nations Unies – de mettre la main sur la totalité de la péninsule coréenne et d’en faire une néocolonie des Etats-Unis. Pendant la guerre du Vietnam, qui s’est achevée en 1975, plus de trois millions de Vietnamiens ont été assassinés par les efforts désespérés de l’impérialisme US pour écraser la révolution sociale dans ce pays.
Beaucoup de gens en Chine ont des illusions sur la nature de l’impérialisme US parce qu’il a combattu le Japon pendant la Deuxième Guerre mondiale. Les staliniens, qui présentent la Deuxième Guerre mondiale comme une « guerre contre le fascisme », s’étaient alliés avec les puissances impérialistes bourgeoises démocratiques – principalement les Etats-Unis et la Grande-Bretagne – contre l’Allemagne, l’Italie et le Japon.
Au contraire, les trotskystes savaient que le carnage inter-impérialiste de la Deuxième Guerre mondiale était un conflit pour la redivision des ressources mondiales de main-d’œuvre bon marché et de matières premières, dans l’intérêt des profits capitalistes. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, la Quatrième Internationale, fondée par le dirigeant bolchévique Léon Trotsky et qui se basait sur l’internationalisme prolétarien, luttait pour la défaite révolutionnaire de tous les pays impérialistes. Simultanément, elle s’était prononcée pour la défense militaire inconditionnelle de l’Etat ouvrier dégénéré soviétique contre l’impérialisme, et soutenait l’autodétermination des colonies contre leur asservissement par les impérialistes, ceux de l’Axe comme ceux des Alliés.
Pendant l’occupation de la Chine par le Japon, qui a commencé au début des années 1930, les trotskystes donnaient un soutien militaire aux forces de la résistance chinoise, tout en s’opposant politiquement aux forces bourgeoises du Guomindang de Chiang Kai-shek. Avec l’entrée des Etats-Unis dans la guerre du Pacifique, l’effort de guerre du Guomindang se retrouvait subordonné de façon décisive aux intérêts de l’impérialisme US, au point que les responsables américains avaient le dernier mot sur le déploiement des forces du Guomindang. Dans ces conditions, il devenait nécessaire de préconiser une position de défaitisme révolutionnaire – pour la défaite des deux camps par la lutte de classe révolutionnaire – tant envers les USA et le Guomindang qu’envers le Japon, tout en donnant un soutien militaire aux forces du Parti communiste de Mao, qui n’étaient pas subordonnées militairement à l’impérialisme US (voir « Révolution permanente contre “front unique anti-impérialiste” – Les origines du trotskysme chinois », Spartacist édition française n° 31, automne 1997).
Un des articles de foi de la vision nationaliste des bureaucrates staliniens est que les travailleurs des pays capitalistes avancés ont été tellement corrompus par leurs exploiteurs que la lutte de classe révolutionnaire y est un rêve utopique (ou trotskyste). Pourtant, on voit au Japon des signes d’opposition à la résurgence du militarisme, y compris au sein de la classe ouvrière organisée. En 2001, environ 200 dockers du port de Sasebo, à Nagasaki, ont refusé de charger des armes et des fournitures militaires sur des navires de guerre de la marine japonaise destinées à aider les Etats-Unis dans leur guerre terroriste menée contre l’Afghanistan. Plus récemment, des centaines d’enseignants ont été licenciés ou sanctionnés pour avoir refusé de se lever pour l’Hinomaru (le drapeau national) et de chanter le Kimigayo (l’hymne national), des symboles du militarisme japonais. Ces actions ont été menées contre l’avis des dirigeants pro-impérialistes des trois principales fédérations syndicales – dont celles affiliées au Parti communiste japonais et au Parti social-démocrate – et représentent un défi frontal aux appels à l’« unité nationale » de la bourgeoisie japonaise.
Avec la multiplication des manifestations anti-japonaises en Chine, l’administration du Premier ministre japonais Junichiro Koizumi a enchaîné les provocations anti-chinoises. Avec arrogance, Koizumi a admonesté le peuple chinois en lui enjoignant d’être « plus adulte », de garder « la tête froide », et a suivi l’exemple du président Bush en réussissant à faire pression sur l’Union européenne pour qu’elle maintienne son embargo sur les ventes d’armes à la Chine.
Les provocations de l’impérialisme japonais sont encouragées par l’impérialisme US. L’été dernier, le secrétaire d’Etat de l’époque, Colin Powell, affirmait le soutien américain à la campagne du Japon pour obtenir un siège au Conseil de sécurité de l’ONU, tout en notant que l’Article 9 de la constitution imposée par les Etats-Unis, qui interdit au Japon d’engager des opérations militaires à l’extérieur, « devrait être examiné sous cet éclairage » (AFP édition anglaise, 13 août 2004). Plus récemment, il a été proposé de transférer le quartier général du 1er corps de l’armée américaine actuellement situé aux Etats-Unis, à Yokohama, au sud de Tokyo, où selon le Guardian de Londres (19 avril), « l’objectif principal de son déploiement avancé sera probablement la défense de Taïwan, les défis régionaux représentés par l’expansion militaire chinoise, et le face-à-face nucléaire avec la Corée du Nord. »
Les provocations du Japon et les manifestations en Chine ont été utilisées par l’extrême droite chauvine comme un feu vert pour terroriser les Chinois résidant au Japon. Les missions diplomatiques chinoises et d’autres institutions liées à la Chine ont été attaquées ou saccagées. Il y a eu des alertes à la bombe au consulat général de Chine à Fukuoka, une alerte à l’anthrax à l’ambassade chinoise de Tokyo, et une douille de balle de revolver a été envoyée au consulat chinois d’Osaka avec une lettre menaçant les citoyens chinois d’actes de violence. Le 10 avril, des coups de feu ont été tirés contre les bureaux de la Banque de Chine à Yokohama.
Finalement, le 22 avril, au sommet Asie-Afrique qui se tenait en Indonésie, Koizumi a cherché à désamorcer les tensions avec la Chine en offrant de vagues excuses pour les « dommages et souffrances terribles » provoqués par le pouvoir colonial japonais. (Le même jour, un membre du gouvernement Koizumi, avec 80 autres politiciens, effectuait un pèlerinage au sanctuaire de Yasukuni, un symbole du militarisme japonais qui honore la mémoire, entre autres, de criminels de guerre de la Deuxième Guerre mondiale.) La semaine dernière, des personnalités japonaises de poids se sont inquiétées que le maintien de la tension nuise au commerce japonais, tandis que le ministre du Commerce chinois déclarait que le boycott des produits japonais serait dommageable aux intérêts économiques des deux pays. La Chine est aujourd’hui le premier partenaire commercial du Japon, et environ 18 000 sociétés japonaises ont créé des filiales en Chine. Comme l’explique le New York Times (23 avril), l’« interdépendance économique croissante » entre la Chine et le Japon « a ces derniers jours assoupli leurs positions ».
L’impérialisme japonais est déterminé à se débarrasser des contraintes du syndrome de la « nation vaincue », avec lequel il est sorti de la Deuxième Guerre mondiale. Pour ce faire, la classe dirigeante cherche à imposer une politique d’austérité économique à l’intérieur, à attiser le poison nationaliste et à renforcer l’appareil répressif nécessaire pour maintenir la loi et l’ordre capitalistes. Les nouvelles directives de défense ne se contentent pas de cibler les Etats ouvriers déformés chinois et nord-coréen ; elles renforcent aussi l’arsenal de répression d’Etat contre le mouvement ouvrier. Il y a parmi les travailleurs du Japon un mécontentement considérable et un vrai désir de lutter contre l’austérité économique, la discrimination, l’aggravation de la répression d’Etat et la guerre. Cette colère et cette combativité doivent être dirigées vers la construction d’un parti révolutionnaire trotskyste, qui fera le lien entre le combat pour la révolution socialiste au Japon et la défense militaire inconditionnelle des Etats ouvriers déformés chinois et nord-coréen.
Chine : pour la révolution politique ouvrière !
Parlant pour beaucoup de ses congénères dans la bureaucratie stalinienne chinoise, Li Rui, ancien secrétaire de Mao Zedong, a fait cet aveu d’une franchise abrupte : « Personne ne comprend le marxisme. C’est ridicule. Les idéaux du passé n’existent plus. Il est donc juste de se tourner vers le nationalisme. C’est le moyen par lequel le parti peut maintenir son système et son idéologie » (l’Observer de Londres, 17 avril). En même temps qu’une défense cynique du nationalisme comme moyen efficace de manipuler les masses, cette déclaration reflète une assimilation abusive et très courante entre marxisme et maoïsme. En réalité, le contraste violent qu’on établit souvent entre la politique de Mao et celle de son successeur Deng Xiaoping est fondamentalement faux.
Dans le cadre nationaliste du « socialisme dans un seul pays », les régimes de Mao et de Deng ont suivi des politiques différentes dans des contextes internationaux différents. Cependant, à un égard très important, leurs politiques étaient essentiellement identiques : l’alliance avec l’impérialisme US contre l’Union soviétique. Cette alliance avait été scellée en 1972, quand le président américain Richard Nixon a donné l’accolade au président Mao au moment même où les avions américains faisaient pleuvoir leurs bombes sur le Vietnam. Le rapprochement de l’impérialisme US avec la bureaucratie maoïste sur la base d’une hostilité partagée envers l’Union soviétique a conduit à la reconnaissance de la République populaire de Chine et à l’attribution d’un siège pour la Chine aux Nations Unies aux dépens de Taïwan.
L’alliance avec les Etats-Unis a été poursuivie et approfondie sous Deng. En 1979, il a ordonné à l’Armée populaire de libération (APL) d’envahir le Vietnam, le principal allié soviétique en Extrême-Orient, avec l’approbation et l’encouragement de Washington. Les Vietnamiens ont résisté efficacement et infligé de lourdes pertes – 20 000 hommes – à l’APL, qui a battu en retraite en repassant la frontière. (Puisqu’on parle de tripatouillage des manuels d’histoire, ce chapitre peu reluisant a été pratiquement escamoté par les staliniens chinois.) Pendant les dernières années de la guerre froide, dans les années 1980, la Chine a encouragé l’impérialisme américain à affaiblir et à miner l’Union soviétique – par exemple en aidant les coupe-jarrets moudjahidin qui combattaient les troupes soviétiques en Afghanistan – favorisant ainsi la campagne contre-révolutionnaire qui a anéanti ce qui restait des acquis de la Révolution russe de 1917.
Après avoir détruit l’Union soviétique, la patrie de la seule révolution ouvrière victorieuse, les impérialistes sont aujourd’hui déterminés à restaurer le capitalisme en Chine. A cette fin, ils poursuivent une double stratégie : pénétration économique pour renforcer les forces intérieures de la contre-révolution capitaliste, combinée avec une pression militaire et la menace d’une intervention armée. Les bureaucrates staliniens encouragent en fait les impérialistes par leur politique de trahison : autorisation d’investissements capitalistes massifs combinée avec une quête futile d’une « coexistence pacifique » avec les impérialistes.
Mais malgré les « réformes de marché » de la bureaucratie, le noyau de l’économie chinoise reste collectivisé. En outre, la politique économique du régime du Parti communiste est encore contrainte par la peur d’une agitation sociale – et en particulier ouvrière – qui pourrait le renverser. Cela a été à deux doigts de se produire en 1989, quand des manifestations pour la libéralisation politique et contre la corruption centrées sur les étudiants ont été le déclencheur d’une révolte ouvrière spontanée, qui devait être ensuite réprimée par le régime dans un terrible bain de sang.
La Chine est aujourd’hui une poudrière de tensions sociales prête à exploser. D’après les statistiques gouvernementales, le nombre de manifestations a augmenté de 15 % l’année dernière, et s’est élevé à 58 000. Des millions de fermiers pauvres et d’ouvriers urbains ont bloqué des routes, organisé des grèves ou manifesté contre la corruption des responsables, les confiscations de terres, la destruction de l’environnement, les licenciements et le chômage, des conditions de travail misérables et l’écart croissant entre la richesse urbaine et la pauvreté rurale. A la mi-avril, les habitants de Dongyang, dans le sud-est de la Chine, furieux du refus du gouvernement de prendre des mesures contre la pollution des usines voisines, ont chassé 1 000 policiers anti-émeute et pris le contrôle de la ville. Au même moment, près de 2 000 anciens soldats de l’APL ont organisé à Pékin une série de manifestations pour protester contre le niveau insuffisant de leurs retraites. Plus récemment, environ 10 000 ouvriers de l’usine d’appareils électroniques Uniden de Shenzen, près de Hongkong, construite avec des capitaux japonais, ont fait grève pour exiger le droit de se syndiquer. La grève a pris fin le 23 avril. Révélant comment la bureaucratie chinoise joue le rôle de fournisseur de main-d’œuvre pour les bourgeoisies impérialistes qui investissent en Chine, un gréviste déclarait au Washington Post (26 avril) : « Certains responsables syndicaux nous ont dit que nous devions coopérer, car sinon les investisseurs pourraient se retirer et aller investir ailleurs, et nous perdrions tous notre travail. »
Par sa politique de « réformes de marché », la bureaucratie chinoise renforce les forces de la contre-révolution en permettant aux impérialistes de pénétrer économiquement l’Etat ouvrier. En même temps, cette politique augmente la puissance sociale du prolétariat industriel. Les alternatives auxquelles la Chine est confrontée sont la contre-révolution capitaliste ou la révolution politique prolétarienne pour chasser la bureaucratie stalinienne et la remplacer par des soviets d’ouvriers et de paysans démocratiquement élus, organes du pouvoir prolétarien. Un parti léniniste-trotskyste est nécessaire pour apporter aux travailleurs chinois une stratégie internationaliste prolétarienne révolutionnaire. Il n’y a pas de voie nationalement limitée vers le socialisme en Chine. La modernisation de la Chine – fournir la base pour une vie décente à tous ses habitants sur la base de l’accès à la technologie avancée et aux ressources productives actuellement concentrées en Amérique du Nord, en Europe de l’Ouest et au Japon – requiert l’extension internationale de la révolution socialiste, essentiellement à ces puissances impérialistes, jetant ainsi la base d’une économie socialiste planifiée internationale. Ceci requiert de reforger la Quatrième Internationale de Trotsky, pour la révolution socialiste mondiale.
– Traduit de Workers Vanguard n° 847, 29 avril
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/172/chine.html
submitted by ShaunaDorothy to FranceLeBolchevik [link] [comments]

Les pseudo-trotskystes dans le camp de la contre-révolution - Clameurs hystériques sur le rôle de la Chine en Afrique (Décembre 2011)

https://archive.is/KpVgD
Le Bolchévik nº 198 Décembre 2011
En août 2009, Hillary Clinton, la secrétaire d’Etat [chef de la diplomatie] américaine, faisait une visite en Angola à l’occasion de la signature d’un accord majeur entre le gouvernement dirigé par le Mouvement populaire pour la libération de l’Angola (MPLA) et Chevron, le géant pétrolier américain. Clinton en a profité pour annoncer d’autres investissements venant s’ajouter à une précédente promesse de Washington d’aider à la construction de deux barrages hydroélectriques. Pour les nationalistes bourgeois du MPLA, ces accords représentaient en quelque sorte un tournant de la part des impérialistes américains. Depuis son indépendance, arrachée au Portugal en 1975, l’Angola avait été déchiré par une guerre civile dévastatrice pendant près de 30 ans. Durant une grande partie de cette période, les Etats-Unis avaient fourni un soutien militaire et financier aux forces de guérilla alliées à l’Afrique du Sud de l’apartheid qui menaient une guerre réactionnaire pour déloger du pouvoir le MPLA, alors soutenu par l’Union soviétique et Cuba. De plus, les capitalistes américains avaient fait montre de peu d’empressement à investir en Angola après la fin officielle de la guerre civile en 2002.
C’est dans un but précis que Clinton montrait un visage amical au gouvernement du MPLA : l’année précédente, l’Angola était devenu le premier partenaire commercial africain de la Chine, le plus puissant aujourd’hui des pays où le capitalisme a été renversé. L’Angola fournit à la Chine près de 15 % de son pétrole et devance l’Arabie saoudite comme principal exportateur de pétrole vers la Chine. En retour, Pékin fournit des crédits à faible taux d’intérêt pour construire des hôpitaux, des écoles, des systèmes d’irrigation et des routes. Des accords similaires ont été conclus avec d’autres pays comme le Soudan, l’Algérie, la Zambie et la République démocratique du Congo, pour assurer pétrole et minerais métalliques à l’industrie en pleine essor de la Chine continentale.
Pour les Etats-Unis et les autres puissances impérialistes, qui ont subi une défaite historique avec la Révolution chinoise de 1949, tout cela ne constitue pas un heureux événement. La Révolution de 1949, menée par une armée de guérilla paysanne conduite par le Parti communiste chinois (PCC) de Mao Zedong, a créé un Etat ouvrier, quoique déformé bureaucratiquement dès sa naissance. Avec la mise en place, les années suivantes, d’une économie collectivisée et centralement planifiée, les bases étaient jetées pour d’énormes progrès sociaux pour les ouvriers, les paysans, les femmes et les minorités nationales. Les impérialistes cherchent depuis 1949 à renverser le pouvoir du PCC grâce à une contre-révolution qui rétablirait en Chine une exploitation capitaliste sans entraves. A cette fin, ils utilisent les pressions et menaces militaires et soutiennent les mouvements et « dissidents » anticommunistes intérieurs et, depuis plus de 30 ans, ils ont pénétré l’économie de la Chine continentale grâce aux « réformes de marché » du PCC.
Quand les accords commerciaux et les accords d’assistance entre la Chine et les pays africains ont commencé à se multiplier il y a cinq ans, des voix impérialistes ont tiré la sonnette d’alarme. Paul Wolfowitz, le président de la Banque mondiale, fustigeait les crédits très favorables accordés par les banques d’Etat chinoises qui, protestait-il, ne remplissaient pas les « normes sociales et environnementales ». Cela de la part d’un homme qui, quelques années auparavant, avait compté parmi les principaux architectes des guerres de l’administration Bush en Afghanistan et en Irak ! Pour sa part, le quotidien britannique Daily Mail (18 juillet 2008) titrait avec des relents de guerre froide antisoviétique : « Comment la Chine est en train de s’emparer de l’Afrique et pourquoi l’Occident doit VRAIMENT s’en inquiéter ».
Cette campagne a provoqué en Chine un débat parmi certains universitaires et responsables gouvernementaux sur le rôle de la Chine en Afrique, évidemment dans les limites définies par la politique globale fixée par la bureaucratie stalinienne de Pékin. Un article intitulé « La pratique du concept diplomatique chinois de “société harmonieuse” – une analyse des rapports sino-africains ces dernières années », signé Ge Zhiguo, condamnait fort justement « la politique de l’Occident en Afrique depuis longtemps », qui non seulement « n’a pas donné à l’Afrique la prospérité et la stabilité », mais qui a « plongé beaucoup de pays africains dans un chaos et une violence ethnique prolongés » (Gaoxiao Sheke Dongtai [Perspectives de sciences sociales dans l’enseignement supérieur], troisième numéro de 2007 ; les traductions, y compris celle-ci, sont faites par nos soins).
Charniers du roi Léopold au Congo belge, camps de concentration britanniques au Kenya, soutien américain à l’apartheid en Afrique du Sud : le bilan des impérialistes occidentaux en Afrique se décline en massacres, travaux forcés et répression brutale des mouvements indépendantistes et des luttes ouvrières. De fait, cette barbarie avait pour précurseur la mise en esclavage des Africains au début du capitalisme mercantile. Loin de moderniser ces sociétés, l’asservissement impérialiste a renforcé leur arriération et leur misère. Faisant remarquer que les investissements de la Chine en Afrique ont de toutes autres motivations, Ge Zhiguo appelait Pékin à réformer certaines de ses propres méthodes, pour répondre au ressentiment des Africains vis-à-vis du traitement que subissent les ouvriers dans les entreprises chinoises et de la concurrence par le bas qu’imposent les entrepreneurs chinois aux entreprises locales.
Conformément au programme trotskyste, la Ligue communiste internationale est pour la défense militaire inconditionnelle de la Chine contre l’impérialisme et la contre-révolution intérieure. Nous soutenons le droit qu’a la Chine de faire du commerce pour obtenir ce dont elle a besoin afin de poursuivre son développement. Mais nous savons que les investissements de la Chine et ses programmes d’assistance sont déterminés, non par l’internationalisme prolétarien, mais par les intérêts étroitement nationalistes de la bureaucratie du PCC. Ceux-ci s’expriment fondamentalement dans le dogme stalinien de « la construction du socialisme dans un seul pays » et son corollaire, la « coexistence pacifique » avec l’impérialisme (que le PCC appelle aujourd’hui « société harmonieuse »). Opposé à la perspective de la révolution prolétarienne internationale, le régime du PCC s’accommode de l’impérialisme (il s’est notamment associé, comme nous allons le voir, aux Etats-Unis et à l’Afrique du Sud pour soutenir les forces antisoviétiques en Angola) et donne un soutien militaire et politique aux régimes bourgeois « amis » en Afrique et ailleurs qui répriment brutalement les ouvriers et les pauvres des villes et des campagnes.
Le rôle que joue la Chine en Afrique est contradictoire ; il reflète les contradictions qui assaillent la Chine elle-même en tant qu’Etat ouvrier à régime bureaucratique, dans un monde dominé par l’impérialisme. La défense et l’extension des acquis de la Révolution chinoise requièrent une révolution politique prolétarienne qui chassera la bureaucratie du PCC et la remplacera par un régime de démocratie ouvrière engagé à se battre pour le socialisme mondial.
La Chine n’est pas capitaliste
Dans le cadre de la campagne antichinoise des impérialistes, on trouve sur la gauche des « socialistes » comme le Comité pour une internationale ouvrière (CIO) dirigé par Peter Taaffe [sa section française, la Gauche révolutionnaire, fait partie du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) d’Olivier Besancenot] ou le Secrétariat unifié (SU) de feu Ernest Mandel [dont les militants en France sont à l’origine du NPA]. Dans un article daté du 30 mars 2008 (« La Chine en Afrique »), Alternative socialiste (SAV), la section allemande du CIO, accusait la Chine de n’être « qu’un joueur parmi d’autres » dans le « jeu » de l’exploitation des pays africains. SAV déclarait que « la Chine, comme les autres pays impérialistes, ne cherche qu’à exploiter leurs ressources et leurs marchés aussi efficacement que possible ». Dans la revue Inprecor du SU (décembre 2006-janvier 2007), Jean Nanga – présenté par ailleurs comme « militant marxiste révolutionnaire congolais » – dénonçait de même la soi-disant « ambition mondiale » de la Chine qui serait selon lui « motivée par l’intérêt capitaliste ».
Il n’est nullement surprenant que le CIO et le SU se soient enrôlés sans vergogne dans la croisade anticommuniste contre la Chine. Le SU et le prédécesseur du CIO s’étaient prostitués à la « démocratie » bourgeoise en acclamant toutes sortes de contre-révolutionnaires, soutenus par les impérialistes, qui s’étaient rangés contre les ex-Etats ouvriers déformés soviétique et est-européens, comme Solidarność en Pologne, ou la racaille réactionnaire qui s’était massée sur les barricades de Boris Eltsine à Moscou en août 1991.
Le SU concentre sa stalinophobie sur la Chine ; il encense des « dissidents » pro-impérialistes comme Liu Xiaobo, lauréat du prix Nobel de la « paix » et partisan des guerres menées par les Etats-Unis au Vietnam, en Irak et en Afghanistan (voir « Hongkong : Les pseudo-trotskystes encensent Liu Xiaobo, laquais des impérialistes », le Bolchévik n° 197, septembre). Nos camarades de la Spartacist League/Britain faisaient remarquer que, de son côté, le CIO a salué des émeutes anticommunistes au Tibet et a pris ouvertement la défense de Taiwan « démocratique » ; Taiwan, qui est capitaliste, est soutenu depuis longtemps par les impérialistes américains et japonais pour viser la République populaire de Chine (voir « La Chine n’est pas capitaliste », Workers Hammer n° 202, printemps 2008). Peter Taaffe aime déclarer pompeusement que la « transition » vers un capitalisme pleinement développé « n’est pas encore totalement achevée » (« Halfway House » [A mi-chemin], Socialism Today, juillet-août). Cela n’est qu’un peu de vernis pour couvrir le soutien concret et constant du CIO aux forces de la contre-révolution capitaliste.
Le tumulte sur le rôle de la Chine en Afrique a commencé à prendre une sérieuse ampleur en 2006 en réaction au conflit du Darfour dans l’Ouest du Soudan, qui a eu pour conséquence de nombreux massacres et le déplacement de quelque deux millions de personnes chassées de chez elles. Ce conflit avait pour cause immédiate les attaques de milices janjawid – qui sont basées sur des musulmans nomades – lancées par le gouvernement de Khartoum contre des forces de guérilla basées sur des populations d’agriculteurs également musulmans. Aux Etats-Unis, la droite chrétienne, les sionistes et nombre de libéraux en vue ont mené une campagne exigeant une intervention impérialiste pour « sauver le Darfour » et diabolisant la Chine qui a lourdement investi dans la production pétrolière soudanaise et qui a développé des liens étroits avec le régime d’Al-Bachir, à qui elle fournit des équipements militaires. Se joignant à cette cabale, l’article de 2008 de SAV se plaignait que « le régime chinois, qui importe 8 % de son pétrole du Soudan, a montré durant le récent conflit qu’il se soucie beaucoup de ses profits et beaucoup moins du sort de la population locale ».
Il est à noter qu’une campagne anticommuniste était l’un des facteurs qui ont poussé la Chine à se tourner de plus en plus vers l’Afrique pour son approvisionnement en pétrole. Cette campagne enragée, menée en grande partie par la bureaucratie syndicale américaine, avait réussi à faire capoter en 2005 le projet d’acquisition d’Unocal, une société pétrolière établie aux Etats-Unis, par la China National Offshore Oil Company. La section américaine du CIO, qui s’appelle aussi Alternative socialiste, s’était déjà jointe la même année aux actions anti-Chine en cosignant un tract appelant l’université de Harvard à désinvestir de PetroChina, une autre entreprise d’Etat chinoise, et d’Unocal.
Les tirades antichinoises des libéraux et des pseudo-socialistes sont peut-être populaires à Londres, à Paris et dans d’autres centres impérialistes, où la majorité de la gauche répand le mensonge que la Chine est capitaliste ou qu’elle en a irrémédiablement pris le chemin. Mais ce message ne passe pas aussi bien en Afrique. Là, l’aide chinoise à la construction d’hôpitaux, d’écoles et autres infrastructures contraste singulièrement avec l’héritage laissé par les vrais impérialistes : extrême pauvreté, arriération sociale, conflits tribaux et ethniques. Le dépeçage de l’Afrique par les puissances européennes lors de la conférence de Berlin de 1884-1885 avait signalé l’émergence de l’impérialisme moderne. Ainsi que l’expliquait Lénine dans l’Impérialisme, stade suprême du capitalisme (1916), les pays industriels avancés, à la recherche de matières premières et d’une main-d’œuvre bon marché, sont de plus en plus contraints d’exporter du capital vers les pays plus retardataires. La concurrence interimpérialiste qui en résulte a conduit à deux guerres mondiales et à d’innombrables aventures coloniales, au prix de destructions terribles et d’un nombre incalculable de morts.
On voit dans la valeur des marchandises créées que les investissements de la Chine en Afrique ont un objectif fondamentalement différent. Toute marchandise – depuis les produits miniers jusqu’aux biens manufacturés – possède à la fois une valeur d’usage (en tant qu’objet de consommation désirable) et une valeur d’échange (qui se reflète à peu près dans le prix du marché). Sous le capitalisme, les propriétaires des usines et autres moyens de production amassent des profits en embauchant des ouvriers pour produire des marchandises, dans le but d’augmenter la valeur d’échange. Les investissements de la Chine à l’étranger, qui sont financés par plusieurs banques d’Etat, sont motivés non par le profit mais par le besoin de matières premières pour ses propres industries collectivisées – c’est-à-dire l’extraction de la valeur d’usage.
Princeton Lyman, un fonctionnaire du Département d’Etat [Ministère des Affaires étrangères] américain, que l’on ne peut soupçonner d’être un marxiste, le reconnaissait dans un rapport présenté en 2005 à la commission Etats-Unis-Chine du Congrès :
« Pour promouvoir ses intérêts, la Chine utilise divers instruments d’une façon que les nations occidentales ne peuvent que lui envier. La plupart des investissements de la Chine se font à travers des sociétés d’Etat dont les investissements n’ont pas d’obligation de rentabilité en eux-mêmes à partir du moment où ils servent les objectifs globaux chinois. C’est ainsi que le représentant en Ethiopie d’une entreprise de construction chinoise d’Etat a pu révéler avoir reçu l’instruction de Pékin d’être moins-disant sur plusieurs appels d’offres sans aucune considération de profit. L’objectif à long terme de la Chine en Ethiopie est l’accès à de futurs investissements dans les ressources naturelles, et pas les profits des entreprises de construction. »
Le fait que la Chine prenne part au commerce mondial ne la rend pas pour autant capitaliste ou impérialiste. C’est parce que l’investissement chinois n’est pas motivé par le profit capitaliste que ses effets sont si radicalement différents de ceux que produit l’exploitation impérialiste des pays du tiers-monde. Martyn Davies, directeur du réseau Chine-Afrique à l’université de Pretoria en Afrique du Sud, fait l’éloge des Chinois, disant qu’ils sont « les plus grands bâtisseurs d’infrastructures » en Afrique (« Le prochain empire ? », Atlantic, mai 2010) ; c’est un sentiment que partage l’universitaire américaine Deborah Brautigam dans son livre extrêmement flatteur de 2009 sur le rôle de la Chine en Afrique, The Dragon’s Gift ([Le cadeau du dragon], Oxford University Press).
Les pressions du marché mondial
La nécessité pour la Chine d’importer des matières premières est devenue aiguë il y a une dizaine d’années, lorsque la Chine continentale a cessé d’être en mesure de fournir l’essentiel du pétrole et des minerais métalliques dont avait besoin son industrie, en raison de sa croissance économique en forte hausse. Du fait de sa politique de « mondialisation », la Chine importait en 2009 52 % de son pétrole et 69 % de son minerai de fer.
La situation de la Chine contraste avec celle de l’Etat ouvrier soviétique issu de la Révolution d’octobre 1917 qui avait été dirigée par le Parti bolchévique. Suite à l’échec des révolutions prolétariennes dans les pays européens plus avancés, particulièrement en Allemagne, une caste bureaucratique conservatrice dirigée par Staline usurpa le pouvoir politique à partir de 1923-1924. L’Union soviétique, profondément marquée par l’arriération héritée du tsarisme et des effets dévastateurs de la guerre impérialiste et de la guerre civile, disposait en abondance de minerai de fer, de pétrole, de bois et autres matières premières. Staline et Cie utilisèrent ce fait comme argument pour justifier l’idée réactionnaire et utopique que le socialisme pouvait être réalisé dans la seule Russie soviétique. Avec cette idée ils jetaient par-dessus bord la conception marxiste élémentaire que, pour réaliser le socialisme – une société d’abondance matérielle –, il faut le pouvoir ouvrier international, en particulier dans les pays industriellement développés.
Sur la base de son économie planifiée, l’Union soviétique connut dans les années 1930 une croissance phénoménale alors que le reste du monde était empêtré dans les effets de la crise de 1929. Mais l’URSS ne pouvait par ses seules ressources et ses seuls efforts rattraper, et encore moins dépasser, le niveau technologique et la productivité du travail des pays capitalistes avancés. Des décennies de pression militaire et économique impérialiste se conjuguèrent à la mauvaise gestion bureaucratique et à la trahison par les staliniens d’occasions révolutionnaires ailleurs dans le monde ; mortellement affaibli, l’Etat ouvrier soviétique fut détruit par la contre-révolution capitaliste en 1991-1992.
Suite à cette catastrophe, la direction du PCC s’est livrée à une étude interne destinée à réfléchir au moyen d’éviter un destin similaire tout en restant dans le cadre du programme stalinien nationaliste du « socialisme avec des caractéristiques chinoises ». Le régime a tiré notamment la conclusion que l’Union soviétique avait consommé trop de ressources à essayer de soutenir la concurrence avec les impérialistes sur le plan militaire et sur d’autres plans. Il a été décidé que la Chine, au contraire, étendrait et approfondirait ses liens avec le marché capitaliste mondial. Pékin est maintenant un partenaire si « responsable » sur le marché mondial que l’économiste en chef de la Banque mondiale, l’une des principales institutions qui mettent en œuvre les diktats impérialistes, est Justin Yifu Lin, un des économistes chinois les plus réputés !
Dans le cadre de sa stratégie de « mondialisation », la Chine soutient de plus en plus des interventions militaires menées dans le tiers-monde par les Nations Unies, une association de malfaiteurs impérialistes et de leurs victimes. Cela représente un tournant par rapport à la politique qu’avait adoptée le régime du PCC quand la Chine avait été admise à l’ONU il y a 40 ans. Comme l’observe Stefan Stähle dans « Le changement d’attitude de la Chine vis-à-vis des opérations de maintien de la paix menée par les Nations Unies », un article paru dans la revue universitaire China Quarterly (septembre 2008) :
« Au début, la Chine rejetait totalement l’idée d’un maintien de la paix par l’ONU. Pékin considérait toutes les interventions de l’ONU comme étant manipulées par les grandes puissances, notamment parce que la Chine avait été la cible de la première action de répression dirigée par les Etats-Unis et autorisée par les Nations Unies en 1951 [sic, c’était en fait en 1950] durant la guerre de Corée […]. Mais depuis 1981, lorsque la Chine a commencé à s’ouvrir au monde, les diplomates chinois ont voté en faveur de toutes les missions pour mettre en œuvre des tâches traditionnelles de maintien de la paix ou pour gérer des transitions. »
En clair, les « tâches de maintien de la paix » se traduisent par la répression sanglante et l’imposition du diktat impérialiste. La Chine a commis le crime de prêter ses propres forces militaires et de police à de semblables opérations de « maintien de la paix », de Haïti au Soudan. Comme le faisait remarquer Chris Alden dans son livre China in Africa (Zed Books, 2007), « La majorité des forces chinoises de maintien de la paix, en fait, sont basées en Afrique ; cela fait de la Chine, de tous les membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, le plus gros contributeur aux opérations de maintien de la paix. » En tant qu’internationalistes prolétariens, nous exigeons que la Chine mette fin à sa participation aux missions militaires de l’ONU.
Etant donné que l’économie de la Chine continue à croître alors que les pays impérialistes sont empêtrés dans une récession apparemment sans fin – preuve la plus récente que le système de production pour le profit est source de crises –, il pourrait sembler que Pékin a effectivement trouvé un moyen de contourner les pressions qui, au bout du compte, avaient conduit l’Union soviétique à l’effondrement. Mais une telle idée repose sur une croyance fallacieuse dans la stabilité de l’ordre capitaliste mondial et dans les bonnes intentions envers la Chine de ses partenaires commerciaux impérialistes qui dominent le marché mondial.
En Chine même, la stupéfiante croissance économique a pour effet d’exacerber les tensions sociales et entre les classes. A cause notamment des « réformes de marché », un énorme fossé s’est creusé entre, d’une part, les responsables gouvernementaux corrompus, les entrepreneurs capitalistes et les petits-bourgeois privilégiés et, d’autre part, les centaines de millions de prolétaires – dans les entreprises d’Etat et les entreprises privées – et de paysans pauvres. Une vague de grèves l’an dernier dans les usines automobiles et autres entreprises privées n’en était qu’un aspect : il y a un énorme accroissement de ce que le régime du PCC nomme « incidents de masse » – arrêts de travail, assemblées de pétitionnaires, protestations contre la corruption, etc. Le nombre de ces incidents a été multiplié par deux depuis 2006, atteignant 180 000 en 2010.
Tôt ou tard, le régime stalinien mènera la Chine au bord du gouffre, ce qui posera la menace d’une contre-révolution capitaliste. Dans le même temps, l’antagonisme entre la bureaucratie et les masses travailleuses chinoises prépare le terrain pour une révolution politique prolétarienne pour chasser le régime stalinien parasitaire. Le prolétariat chinois a besoin de la direction d’un parti léniniste-trotskyste qui combatte les apôtres de la contre-révolution « démocratique » (notamment ceux qui affichent ce programme sous des couleurs « socialistes » ou même « trotskystes »), et qui arrache la classe ouvrière au nationalisme stalinien. Guidée par une telle direction, une Chine des conseils ouvriers et paysans promouvrait la révolution prolétarienne dans le monde. Avec les ouvriers au pouvoir, la capacité industrielle et technologique du Japon, des Etats-Unis et de l’Europe occidentale serait mise au service du développement de la Chine dans tous ses aspects dans le cadre d’un ordre socialiste mondial.
La « non-ingérence » : soutien au pouvoir bourgeois
En réponse à l’accusation de « néocolonialisme » de la Chine vis-à-vis de l’Afrique, beaucoup d’universitaires et de porte-parole du gouvernement chinois font valoir la politique suivie par Pékin de « non-ingérence » dans les affaires intérieures d’autres pays. Dans un article d’une revue universitaire, Liu Naiya faisait l’éloge de l’aide de la Chine aux ex-colonies en Afrique, la qualifiant de « “cadeau” au nationalisme africain de la part d’un pays socialiste. En d’autres termes, il s’agit d’un investissement politique rationnel – une grande démonstration de l’amitié fraternelle du communisme international » (« Avantage mutuel : l’essence des rapports sino-africains – réponse à l’accusation de “néo-colonialisme chinois en Afrique” », Xiya Feizhou [Asie de l’Ouest et Afrique], août 2006).
Les porte-parole du PCC aiment rappeler l’aide et le soutien diplomatique que la Chine avait donnés à certains mouvements africains qui luttaient pour l’indépendance contre le pouvoir colonial. Et il ne fait aucun doute que l’aide et les investissements chinois stimulent le développement dans beaucoup de pays africains. Mais c’est à mille lieues de l’internationalisme socialiste. Les accords commerciaux que signe la Chine s’accompagnent de la « condition politique » que Pékin ne fera rien pour contrarier ses partenaires commerciaux bourgeois. Ainsi les staliniens chinois aident à soutenir l’ordre capitaliste qui maintient les masses d’ouvriers et de paysans africains dans une misère extrême. L’empressement du PCC à soutenir des régimes bourgeois réactionnaires était manifeste dès la Conférence des nations afro-asiatiques de 1955 à Bandung, en Indonésie, lors de laquelle Zhou Enlai exposa les « Cinq principes de la coexistence pacifique », dont celui de s’abstenir de faire pression sur d’autres pays pour qu’ils changent de système économique. La justification « anti-impérialiste » de ce programme de collaboration de classes était usée jusqu’à la corde, comme le montrait clairement la politique de coexistence pacifique que menait au même moment le régime de Mao vis-à-vis du Japon, le bastion impérialiste de l’Asie.
En soutien à la politique de Pékin, on mentionne généralement la construction par la Chine de Mao du chemin de fer Tanzanie-Zambie dans les années 1970. C’était, il est vrai, une action significative qui avait nécessité un travail et des sacrifices énormes de la part des ouvriers chinois. Mais le PCC donnait simultanément un soutien politique au régime tanzanien de Nyerere alors que celui-ci réprimait les luttes syndicales élémentaires des ouvriers pauvres.
En cela, les staliniens chinois ont montré leur parenté politique avec la bureaucratie du Kremlin. L’aide soviétique fut cruciale dans la construction du barrage d’Assouan en Egypte, achevée en 1970. Avec cette aide étaient envoyés des conseillers militaires soviétiques, et même plus. En fait, Moscou a fourni au régime bonapartiste bourgeois égyptien de Nasser davantage d’armes modernes qu’au Nord-Vietnam pendant toute la lutte héroïque de celui-ci contre l’impérialisme américain ! Par ailleurs le Parti communiste soudanais, aligné derrière l’Union soviétique, s’était subordonné à l’homme fort nationaliste bourgeois, Nemeiri, et il trahit une occasion révolutionnaire qui se termina par un massacre des communistes au début des années 1970. Avec le même programme de collaboration de classes, le Parti communiste sud-africain (SACP) est plongé depuis 80 ans dans une alliance avec le Congrès national africain (ANC) et, aujourd’hui, il aide à faire appliquer les diktats du capitalisme de néo-apartheid, dans le cadre du gouvernement bourgeois dirigé par l’ANC.
Les marxistes révolutionnaires reconnaissent qu’un Etat ouvrier peut être contraint de signer des accords commerciaux et diplomatiques avec des Etats capitalistes. Mais il ne faut pas confondre cela avec la tâche du parti communiste, qui est de diriger la lutte pour la révolution prolétarienne. Au temps de Lénine, l’Etat ouvrier soviétique a signé en 1922 le traité de Rapallo avec l’Allemagne capitaliste, un accord qui incluait une coopération militaire. Simultanément, les bolchéviks constituaient la force dirigeante dans l’Internationale communiste, cherchant à forger des partis communistes en mesure de diriger les ouvriers, notamment en Allemagne, jusqu’à la prise du pouvoir.
Un régime révolutionnaire chercherait également à utiliser les biens détenus à l’étranger comme arme dans la stratégie prolétarienne internationaliste. Léon Trotsky a abordé cette question au sujet du chemin de fer de la Chine orientale qui avait été construit par la Russie tsariste dans le but de piller la Chine, et qui était resté propriété soviétique après la révolution d’Octobre. En 1929, deux ans après avoir massacré des dizaines de milliers de communistes et autres militants chinois, le régime de Chiang Kai-shek provoqua un conflit militaire avec l’Union soviétique, qui était alors dirigée par la bureaucratie stalinienne, au sujet du contrôle du chemin de fer. Dans « La défense de l’URSS et l’opposition » (septembre 1929), Trotsky s’élevait contre ceux qui traitaient d’« impérialiste » la stratégie soviétique dans cette affaire. Il soulignait : « Nous considérons le chemin de fer de la Chine orientale comme un des instruments de la Révolution mondiale, et, plus immédiatement, des Révolutions russe et chinoise. […] Mais tant que nous aurons des possibilités et des forces, nous protégerons cette voie contre l’impérialisme, la préparant à être livrée à la Révolution chinoise si celle-ci est victorieuse. »
Trotsky poursuivait : « Le caractère d’entreprises socialistes de cet ordre, la direction qui leur sera donnée, les conditions de travail, tout cela doit être réglé de manière à relever l’économie et la culture des pays arriérés avec l’aide du capital, de la technique, de l’expérience des Etats prolétariens plus riches, pour le plus grand avantage des deux parties. » Trotsky envisageait ainsi la façon dont une dictature prolétarienne en Grande-Bretagne procéderait en Inde avec les concessions des anciens dirigeants impérialistes :
« En même temps, l’Etat ouvrier, sans abandonner lesdites concessions, devrait en faire l’instrument, non seulement d’un relèvement économique de l’Inde, mais de sa future reconstruction socialiste. Il va de soi qu’une telle politique, indispensable également dans l’intérêt de la consolidation d’une Angleterre socialiste ne pourrait être appliquée qu’en complet accord avec l’avant-garde du prolétariat indien et devrait assurer des avantages évidents aux paysans de l’Inde. »
La trahison antisoviétique du PCC
La perspective tracée par Trotsky est diamétralement opposée au programme nationaliste et antirévolutionnaire des staliniens chinois. On en voit une preuve frappante dans l’alliance criminelle qu’avait forgée le régime de Mao avec l’impérialisme américain contre l’Union soviétique que les maoïstes fustigeaient et calomniaient, disant qu’elle était « social-impérialiste » et l’« ennemi principal » des peuples du monde.
L’un des fruits de cette trahison fut la dévastation de l’Angola par des décennies de guerre. Après avoir arraché son indépendance du Portugal en 1975, le pays fut précipité dans une guerre civile entre trois forces de guérilla nationalistes : le MPLA, l’Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola (UNITA) et le Front national pour la libération de l’Angola (FNLA). Au début, nous n’avions, en tant que marxistes, donné de soutien à aucun des camps en présence, qui étaient tous des mouvements nationalistes petits-bourgeois aspirant à consolider un régime bourgeois.
Cette situation allait cependant vite changer. Avec l’aide de l’Union soviétique, le MPLA prit le contrôle de la majorité des zones importantes, y compris Luanda, la capitale, et proclama l’Angola « république populaire ». En réaction, les Etats-Unis imposèrent l’unification de l’UNITA et du FNLA et leur fournirent des armes pendant que l’Afrique du Sud et le Portugal envoyaient des centaines de soldats pour essayer de renverser le MPLA. La guerre civile se transforma ainsi en guerre par procuration entre l’impérialisme américain et l’Etat ouvrier dégénéré soviétique. Les marxistes avaient clairement un côté dans ce conflit : pour la victoire militaire du MPLA. La Chine de Mao, au contraire, soutint activement le FNLA/UNITA financé par la CIA et envoya même des instructeurs militaires pour entraîner les assassins anticommunistes. Les responsables américains firent remarquer que Washington était en position de « réduire l’aide aux mouvements anticommunistes, parce nous étions satisfaits de laisser les Chinois faire le travail sur le terrain » (cité dans le Monde, 5 décembre 1975). Cette déclaration témoignait bien du rôle joué par la Chine. Autant pour la « non-ingérence » !
Quand les troupes sud-africaines lancèrent un blitzkrieg en direction de Luanda, un journal officiel chinois, Peking Review (21 novembre 1975), publia une déclaration politique venant de haut qui condamnait « l’expansion et l’ingérence grossière de l’Union soviétique », et ne mentionnait même pas l’invasion par l’armée de l’apartheid ! L’aide soviétique puis l’intervention des héroïques troupes cubaines renversèrent finalement la situation, et les agents des impérialistes et leur garde avancée sud-africaine furent refoulés. Mais la guerre civile se prolongea. Les ponts avaient été détruits par les bombes, les mines terrestres jonchaient les routes rurales et les champs, et les infrastructures urbaines s’étaient quasiment effondrées, ce qui aggrava énormément la profonde arriération du pays.
Les masses angolaises ont payé de leur sang la trahison des staliniens chinois, qui ont par la suite su profiter de la misère de l’Angola et d’autres pays d’Afrique subsaharienne à laquelle ils avaient eux-mêmes contribué. Plus fondamentalement, dans la mesure où le PCC a aidé matériellement les forces antisoviétiques réactionnaires soutenues par l’impérialisme, de l’Afrique australe à l’Afghanistan dans les années 1970 et 1980, il a contribué à la destruction de l’URSS elle-même, une défaite catastrophique pour les ouvriers et les opprimés du monde entier, y compris en Chine.
Pour l’internationalisme prolétarien !
Du fait qu’ils sont guidés par les intérêts nationaux étroits de la bureaucratie de Pékin, les investissements de l’Etat chinois à l’étranger dressent souvent les entreprises chinoises et leurs dirigeants contre les ouvriers qu’ils emploient. Les mines, installations pétrolières et projets de construction financés par la Chine surgissent un peu partout en Afrique, mais s’accompagnent d’abus contre les ouvriers : pratiques de recrutement discriminatoires, bas salaires, actions ouvertement antisyndicales. Une étude citée par Deborah Brautigam dans The Dragon’s Gift a révélé que des entreprises de construction chinoises en Namibie violaient les lois sur le salaire minimum et l’obligation de formation dans le cadre de la « discrimination positive », et qu’elles ne versaient pas les cotisations sociales. Les ouvriers chinois en Afrique mènent aussi bataille contre les mauvais traitements dont ils sont victimes. Selon Brautigam, lorsque 200 ouvriers chinois du BTP en Guinée équatoriale se sont mis en grève en mars 2008, il y a eu des heurts avec les forces de sécurité locales qui se sont soldés par la mort de deux ouvriers.
Il y a un fait que la presse bourgeoise, tout comme celle de gauche, passe virtuellement sous silence : parmi les pires attaques contre les ouvriers africains, beaucoup sont menées par des entrepreneurs chinois privés qui se collent comme des sangsues aux programmes d’investissement de la Chine, avec l’approbation de Pékin. En 2010 deux contremaîtres chinois ont abattu 13 mineurs dans la mine de charbon de Collum en Zambie au cours d’une protestation pour les salaires. L’année suivante les autorités zambiennes ont décidé de ne pas engager de poursuites, ce qui a provoqué la colère en Zambie. La mine, que la presse présentait comme « appartenant à des Chinois », n’était pas une entreprise d’Etat mais la propriété d’un investisseur privé, gérée par ses quatre frères cadets.
Les marxistes soutiennent les ouvriers qui luttent pour les droits syndicaux ainsi qu’un salaire et des avantages sociaux décents, y compris lorsqu’ils luttent contre des employeurs chinois. En même temps, il faut combattre les démagogues nationalistes et les dirigeants syndicaux traîtres qui, sous prétexte des abus contre les ouvriers, prennent le train en marche des impérialistes contre la Chine. Par exemple, la COSATU, confédération syndicale sud-africaine, membre de l’Alliance tripartite aux côtés de l’ANC et du SACP, vitupère depuis longtemps contre les importations de vêtements chinois qui coulent les fabricants locaux.
Avec ce genre de protectionnisme, on répand le mensonge que le prolétariat (majoritairement noir) d’Afrique du Sud aurait un « intérêt national » commun avec la classe capitaliste (majoritairement blanche) sud-africaine ; cela montre la banqueroute des bureaucrates de la COSATU qui prétendent défendre la solidarité ouvrière internationale. Cela nourrit également la campagne pour la contre-révolution en Chine en renforçant la main des impérialistes, dont la puissance militaire et économique constitue un obstacle formidable à la révolution prolétarienne en Afrique du Sud et ailleurs. La défense de la Chine et des autres Etats ouvriers déformés – Cuba, Corée du nord, Vietnam et Laos – est d’une importance vitale pour lutter pour un avenir socialiste en Afrique, dont la classe ouvrière sud-africaine, combative et stratégiquement concentrée, détient la clé. On ne fera pas de nouveaux acquis si on est incapable de défendre ceux que l’on a déjà !
Les marxistes doivent aussi combattre le chauvinisme qui imprègne la bureaucratie d’Etat chinoise et ses représentants à l’étranger. Du fait que les budgets et les délais sont fixés par Pékin, les sociétés chinoises emploient souvent des ouvriers venant de Chine plutôt que recrutés localement. Pour défendre ces pratiques, le directeur général de la China National Overseas Engineering Corporation, une entreprise d’Etat, déclarait : « Les Chinois sont capables de supporter de très grosses charges de travail. Il s’agit d’une différence culturelle. Les Chinois travaillent jusqu’à ce que la tâche soit terminée et ils se reposent ensuite. » Il se plaignait que les ouvriers zambiens étaient « comme les Britanniques » : « Ils font la pause pour prendre le thé et ils ont beaucoup de jours de congé. Pour notre société de construction, cela signifie que ça coûte beaucoup plus cher » (cité par Chris Alden dans China in Africa). Ces commentaires en disent long sur le mépris qu’éprouvent les bureaucrates chinois vis-à-vis des ouvriers, tant africains que chinois.
Un gouvernement des conseils ouvriers et paysans en Chine qui hériterait des activités à l’étranger d’entreprises d’Etat chinoises ferait des efforts particuliers pour recruter et former des ouvriers locaux, avec des droits syndicaux et des salaires et avantages sociaux supérieurs à ceux pratiqués localement. De même, un tel régime réglerait leur compte aux bourgeois qui ont pris de l’ampleur en Chine suite aux « réformes de marché » et qui ont aussi trouvé une place en Afrique. Surtout, il suivrait les traces de l’Etat ouvrier soviétique des premières années en œuvrant à la victoire du pouvoir ouvrier sur l’ensemble de la planète. C’est pour forger les partis léninistes d’avant-garde nécessaires pour diriger cette lutte que la LCI combat pour reforger la Quatrième Internationale, le parti mondial de la révolution socialiste.
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/198/chine.html
submitted by ShaunaDorothy to FranceLeBolchevik [link] [comments]

Louer une voiture électrique Autolib' Au Japon, un prototype de voiture volante électrique vole ... Découverte : La folie Porsche au Japon ! - YouTube EN VOITURE AU JAPON ! (VERSION NON CENSURÉE) - YouTube Sur une aire d'autoroute au Japon ! (+ accident...) - YouTube

Retrouvez les fonds de commerce en vente au Japon. Publiez gratuitement votre annonce si vous souhaitez vendre, acheter ou reprendre une entreprise. Au Japon, le commerce extérieur a été particulièrement dégradé par la survenance de catastrophes naturelles. Une série d’inondations, tremblements de terre, vagues de chaleur et typhons se sont en effets abattus sur différentes régions du Japon durant l’été et l’automne. Les investissements directs français au Japon se concentrent essentiellement dans le secteur manufacturier, notamment l’automobile, et la finance & l’assurance (respectivement plus de la moitié et un tiers). Les investissements japonais en France sont, pour leur part, concentrés dans le secteur manufacturier et le commerce de véhicules. L’automobile japonaise au Japon est un autre monde. Au pays de la technologie sophistiquée et de l’avant-garde futuriste, les constructeurs surprennent par leurs très petites voitures. Sur ... Caractéristiques du marché automobile japonais. L’industrie automobile japonaise en quelques chiffres: _ 2ème constructeur mondial (16,4 % du marché) derrière les Etats-Unis (18,7 %). _ 1er secteur industriel au Japon (13 % du CA de l’industrie). _ 1er employeur (4,91 M d’emplois directs et indirects, 7,7 % de la population active).

[index] [6363] [3430] [3942] [2761] [4234] [990] [2053] [6024] [4401] [5627]

Louer une voiture électrique Autolib'

Pour nous soutenir: http://www.candysan.com Notre chaîne Twitch: https://www.twitch.tv/tev_et_louis Chaîne principale de Louis: https://www.youtube.com/Louis... Un prototype de "voiture volante" électrique en test à Chiba, à l'est de Tokyo, a été présenté ce lundi au public par le géant japonais de l'informatique NEC... 24 Dans ma vie au japon en confinement (ou pas ) je te partage La vie banal d'un mec banal au japon . le Twitch pour les live : https://www.twitch.tv/lepanda... Louer une voiture au Japon - Comment utiliser un GPS japonais - Duration: 1:31. Vivre le Japon Recommended for you. 1:31. Fiberglass Repair ~ Stress Cracks - Duration: 19:36. 🌈 DÉROULE MOI 🌈 Hello Je vous retrouve pour une vidéo complète des procédures pour s'inscrire Autoentrepreneur (ou microentrepreneur). La vidéo sera en 6 cat...

https://binary-optiontrade-arabicfinance.cryptocurrencyreviews.eu